Mlle Peggy,Infirmière

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94, France
Mes patients m'appellent souvent Mlle Peggy ,c'est une façon pour eux d'établir une proximité sans pour autant être trop familiers,une sorte de formule "intermédiaire" entre le tutoiement et le vouvoiement,qui leur convient et que je trouve charmante.Vous l'aurez donc compris ,mon quotidien est de soigner les corps et les âmes,"les petites histoires de Mlle Peggy" sont des brèves de vies,qui vous feront rire,parfois pleurer,souvent réfléchir,enfin qui vous laisseront rarement indifférents,je pense. Ah j'ai oublié de vous dire mais vous avez du le deviner:je suis infirmière,et je pratique mon art à domicile,en petite banlieue parisienne.Je tiens à préciser que par souçi du respect du secret médical auquel je suis soumise,les lieux,les identités des patients et leurs familles,les pathologies sont modifiés,et les faits sont romancés. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé est purement fortuite. Bonne lecture!!!

jeudi 12 avril 2018

Chronique d’une mort annoncée....











 Aujourd’hui je viens vous parler de temps anciens , l’époque où chaque métier , chaque profession , chaque corporation avait une formation propre , des rôles biens définis, une identité intimement liée à des décrets de compétences qui définissaient les pouvoirs de chacun .

Le domaine de la santé était très normé , car les différentes formations étaient exigeantes , diplômantes , et fortement sectorisées .
On parlait « d’exercice illégal de la médecine ou de la profession d’infirmier ou de sage femme ou ou ou . »

Le médecin vous recevait établissait un diagnostic et prescrivait un traitement.
Avec son ordonnance, le patient se rendait dans une pharmacie , le pharmacien lui délivrait les médicaments prescrits et l’informait de la conduite à tenir et des différentes interactions possibles entre les différentes molécules et évoquait les effets indésirables possibles .

Si besoin le patient faisait appel à une infirmière diplômée d’état qui effectuait les soins infirmiers prescrits qui étaient nombreux et que seule l’infirmière était habilitée à pratiquer .

Il s’agissait des pansements de tous types, d’injections allant des anticoagulants aux vaccins en passant par les saignées ou les perfusions , les alimentations enterales et parentérales des dialyses , des surveillances de patients diabétiques insulinothérapies dépendants ou non mais aussi les soins de nursing .

Cela doit vous paraître fou de lire cela à vous qui dorénavant faites appel à des prestataires de toutes sortes qui offrent des services « clefs en main » et qui n’avez pas connu l’époque où les professions libérales de santé existaient.

Ce temps est révolu depuis bien longtemps ,55 ans déjà...

Moi qui vous écrit , je suis très âgée maintenant, mais j’ai exercé en libéral au début du déclin de nos professions .
Personne ne voulait y croire pourtant les signes d’alerte étaient forts : les facteurs ( métier disparu également , qui constituait à distribuer le courrier papier ) se sont mis à rendre des services d’aide à la personne pour les personnes isolées les plus fragiles ou âgées , les pharmaciens ont été autorisés à vacciner , les concierges ont été autorisés à effectuer des toilettes et préparer des piluliers et donner les traitements, les étudiants en médecine ont été autorisés à réaliser des pansements et des injections au domicile des gens nécessitant des soins dans le périmètre de leur lieu d’études , les boulangers ont pu vendre certaines molécules comme le paracetamol ou l’ ibuprofene après une formation d’une demi journée , les bouchers ont obtenu de pouvoir effectuer les saignées .

Des lanceurs d’alerte ont vu le jour un peu partout dans le pays mais le mal était en train de se répandre.

Pour résister des maisons de santé se sont crées pour pouvoir proposer une offre de soins pluridisciplinaires au sein de la même structure .

En vain .

Les HAD présentes sur tout le territoire ont eu la main mise complète sur l’ensemble des soins dispensés et a obtenu en quelques années le quasi monopole des soins dispensés en ville.

Les libéraux ont un à un rendu les armes et arrêté d’exercer .

Des petits groupes de résistance se sont créés mais ils étaient minoritaires ,leurs messages d’alerte n’étaient entendus, ni par l’état qui étouffait la rébellion dans l’œuf ni par les professionnels de santé qui pour la plupart n’imaginaient pas que dans un pays où la population était vieillissante et consommatrice de soins puisque l’état les remboursait quasi intégralement.

Non ils ne voulaient pas imaginer un instant le marasme sanitaire économique et social qui se préparait .

Et pourtant , les groupes de résistants travaillaient , réfléchissaient , échafaudaient des plans, sondaient leurs pairs sans cesse , les avertissaient que la situation s’aggravait chaque jour un peu plus et qu’il fallait réagir .

A l’époque nous étions 600.000 .

600.000 à ne pas réagir .

600.000 à croire que le système ne s’effondrerait jamais .

Aujourd’hui, notre profession a disparu.

Nous aurions pu inverser la tendance voire fomenter une révolution !

Progressivement, les réseaux de résistance ont été démantelés, certains n’ont pas su résister à l’appel financier juteux des laboratoires, les autres ont fui .

Dorénavant seuls les indigents se rendent dans les hôpitaux devenus des sortes de cour des miracles désertés par les médecins et les paramédicaux diplômés d’état dont la fuite vers l’étranger a été irréversible.

C’est ainsi que les centres hospitaliers sont devenus des zones de non droits gérées par des charlatans de tous genres.

Des maladies disparues ont fait les premiers ravages car une grande majorité de la population n’avait plus les moyens d’accéder aux soins de base , aux vaccinations, et l’espérance de vie a chutée .

déclin de l’ensemble de l’activité économique, industrielle, culturelle .

Comme je vous le disais au début de cette lette , la plupart d’entre vous n’ont pas connu cette époque .

Je fais partie des quelques survivants qui ont plus de 90 ans en sachant que de nos jours l’espérance de vie est d’à peine 30 ans .

C’était en 2018.

A l’époque où les pharmaciens vendaient des médicaments, les infirmiers réalisaient des soins infirmiers , les médecins diagnostiquaient , prescrivaient et opéraient, les sages femmes accouchaient et assuraient le suivi les femmes enceintes , les facteurs postaient le courrier, les kinésithérapeutes pratiquaient leur art.

C’était en 2018 .

2019 a sonné le glas pour l’ensemble des professions de santé car cette année là le gouvernement a autorisé les pharmaciens à vacciner , a indiqué que certains actes opératoires essentiels ne seraient plus remboursés et le reste a suivi ...

A l’époque personne n’a réagit ou bien pas suffisamment haut et fort pour enrayer le déclin du système de santé réputé le plus performant du monde durant des années.

Aujourd’hui, les soignants reviennent de l’étranger avec l’espoir et la volonté de reconstruire  un système de santé que les pays du monde entier enviaient, je suis âgée maintenant, la seule chose que je peux faire pour vous soutenir , c’est de vous conseiller de réagir et de monter au créneau tant qu’il est encore temps !

Signez et participez aux enquêtes et aux études que l’on vous propose avant qu’il ne soit réellement trop tard !





mercredi 31 janvier 2018

"A vous Cognacq-Jay!"




Branle-bas de combat depuis plusieurs jours partout dans les médias : les epahds sont à la dérive ! 

Le personnel travaillant dans les maisons de retraite sont au bord du « burn out » général , car leurs conditions de travail sont insupportables ce qui  induirait des prises en charge contestables des résidents……

Je suis sans voix. 

Chaque matin depuis trois jours, à peine réveillée, j’allume mécaniquement la radio, et j’entends les journalistes annoncer les dangers qui guettent nos aînés placés en Epahd, le nouveau terme plus séduisant, désignant désormais les maisons de retraite .

Et oui tout le monde semble découvrir que les conditions de vie y seraient terribles: défaut de soins , négligences voire maltraitances, récits de fin de vie indignes au fond de couloirs sombres, sales aux odeurs nauséabondes.



La France se réveille au son d’histoires qui évoquent des soignants infectés par un virus redoutable qui les empêchent de prendre soin humainement de leurs vieillards qui ont pourtant eu des vies de labeurs intenses , qui ont connu des joies , des peines , qui ont vécu des guerres , des génocides, qui ont subi des exodes, fêté des armistices. I
ls ont voté des décennies durant, en imaginant un avenir meilleur, pour finalement finir leurs vies dans des mouroirs du 21 eme siècle  qui n’ont rien à envier à ceux du 20eme siècle . 

Et oui depuis trois jours , la radio annonce que les soignants des epahds sont malades, il s’agirait d’un mal sérieux, dangereux et contagieux. 

Un mal dont certains ne se remettent pas, un maladie mortelle pour certains qui lorsqu’ils sont en phase terminale, finissent par se suicider. 

Des mises à mort un peu partout dans le pays, depuis plusieurs années déjà , depuis bien trop longtemps. 

Au début, les directions d’hôpitaux ont évoqué des causes diverses et variées : problèmes familiaux entrainant souvent des soucis d’alcoolisme voire d’addictions aux anxiolytiques et aux antidépresseurs.  
Evidemment la dépression est en tête de liste en lien avec des problèmes personnels mais jamais au grand jamais les pouvoirs publics n’ont pensé aux difficultés des conditions de travail , non jamais vraiment! 

Le temps passant, de nombreux suicides de soignants ont lieu dans les services hospitaliers et dans les maisons de retraite.

Là encore, pas de liens établis entre les conditions de travail et les lieux des « crimes ».

Non, qu’allez vous imaginer!

N’oublions pas que les soignants sont des super héros du quotidien, ils préfèrent donc préserver leur entourage des effets traumatisants de la découverte du cadavre d’une mère, d’un père, d’un frère ou d’une sœur , d’un mari ou d’une épouse . 
Ils leur épargnent donc la douleur de la perte à domicile et choisissent de se supprimer sur leurs lieux de travail par empathie pour leurs proches, des gens biens vraiment!

Et oui les soignants sont endurants jusqu’au bout du bout, bien élevés avec une conscience professionnelle proche de la servitude. 

Mais quel est alors ce virus qui amène des gens si consciencieux à abandonner leurs fonctions et qui poussent les pouvoirs publics à en parler sérieusement, gravement, au journal télévisé , à la radio ,à l’assemblée nationale , y compris sur BFM TV ?

Mystère!

Pourtant , les soignants y ont cru lors des dernières élections présidentielles, un horizon plus clair s’annonçait avec un nouveau ministre de la santé issu du monde de la santé, qui de toute façon ne pouvait pas être pire que le dernier . 

Ni plus condescendant , ni plus méprisant, ni plus insultant à l’égard de l’ensemble des corporations de santé . 

Le ciel s’éclaircissait avec un nouveau gouvernement jeune prêt à reconstruire un monde meilleur . 

Aujourd’hui huit mois après la nomination de notre gouvernement tout jeune, tout beau, avec des ambitions de Renouveau, nos aînés vivent toujours dans des conditions indignes et meurent souvent seuls. 

Et cette étrange maladie qui touchent les soignants est à l’état pandémique . 

Alors huit mois après ces fameuses élections présidentielles, l’heure est venue de rendre des comptes, et soudain les politiques de tous bords réalisent qu’il y a un potentiel électoral qui est présent, qui souffre, qui a soif de reconnaissance, qui réclame à corps et à cris des moyens parce qu’il a un mal fou à survivre . 

Et chacun sait que celui qui souffre est prêt à donner sa voix à quiconque propose de lui venir en aide .

Un vivier de voix inexploitées……. De l’or en barre pour tout politique réflechissant un peu !

Mais quelque chose m’interpelle.... cette situation n’est pas nouvelle. 

Il y a vingt ans , alors que j’étais étudiante nous redoutions tous certains services notamment le stage de gériatrie . 

Nous savions tous que nous allions vivre l’enfer durant quelques semaines. 

Le calvaire des toilettes à la chaine, sans respect de la pudeur du patient ni même des règles d‘hygiène élémentaires, et oui difficile d’etre humain et professionnels avec 20 toilettes à réaliser le matin, et 20 le soir pour une infirmière et une aide soignante avec comme mots d’ordre: 

«tout le monde doit être au petit déjeuner avant 10h00! »

Parlons des repas où tous les aliments étaient mixés ensemble de l’entrée au dessert donnés aux patients à toute hâte sans considération , sans douceur, sans empathie, avec impatience et parfois avec brusquerie voire violences.

J’ai vu des patients admis en gerartrie et devenir incontinents en quelques jours parce que l’équipe imposait des protections la nuit avec barrières des lits relevées pour éviter les chutes nocturnes. 

Tous les étudiants y sont passés et ont subi ce que les « nécessités du service » infligeaient aux patients, au personnel et par ricochet aux élèves .

Et dans ces conditions, nous arrivions sur le terrain non pas comme étudiants non pas pour être formés, encadrés et instruits mais au grand soulagement des équipes nous étions de la main d’oeuvre supplémentaire corvéable à merci, à qui les taches les plus pénibles étaient attribuées souvent sans surveillance, sans l’encadrement requis par la loi et surtout sans le compagnonnage nécessaire qui est une des valeur forte de nos professions. L’enfer.

C’était il y a vingt ans.

Les étudiants en soins infirmiers sont atteints du même virus que leurs consoeurs et confrères diplômés.

Que se passe t’il donc?

Le système de santé français s’effondre, se craquelle de parts et d’autres, les épahds sont des lanceurs d’alerte depuis plusieurs dizaines d’années.

Les usagers sont doublement victimes de cet état de fait, non seulement ils sont touchés par a maladie mais ils doivent subir un système qui n’est plus en mesure de leur assurer des soins de qualité en toute sécurité.

Mais qu’en est il des soignants?

Ils sont la colonne vertébrale du système, la moelle épinière, organes indispensables au bon fonctionnement de l’institution.

Sans eux le corps même du système devient grabataire et meurt. Malheureusement ils sont atteints d’un virus qui se propage insidieusement mais surement.

Ce matin à la radio, les journalistes ont déclarés que le niveau de contagion des soignants avait atteint le seuil pandémique.

La situation est grave.

Comment les pouvoirs publics vont ils pouvoir les prendre en charge et soigner tous ses gens qui ont décidé de consacrer leur vie professionnelle aux autres et qui sont épuisés de lutter et de crier à l’aide. 
Au mieux ils fuient et quittent le navire pour sauver leur peau, au pire ils meurent sur leur lieu de travail.

Comment le gouvernement va t’il pouvoir honorer ces « super héros »  du quotidien et leur accorder la reconnaissance qu’ils méritent et les moyens dont ils ont besoin pour exercer leurs professions dignement?

Quels arguments va t’on pouvoir proposer aux futurs étudiants pour qu’ils choisissent d’intégrer des filières de santé?

Et enfin va t’on pouvoir proposer des solutions viables et pérennes aux épahds pour permettre à nos aïeux de vivre leurs dernières années dignement et sereinement comme chacun d’entre nous le souhaite pour ses proches et pour lui même .

Il est temps pour moi d’éteindre la radio et de partir soigner mes patients, pour le moment j’ai la chance d’être immunisée, ce terrible virus est pourtant partout autour de moi.

Je crois que c’est l’espoir de jours meilleurs qui me fait protège.

Allez je termine par la célèbre formule des journalistes en direct sur le terrain rendant l’antenne au plateau de télévision dans les années 70, et qui rappellera de jolis souvenirs aux plus anciens qui me lisent : 

                

« Peggy en direct du terrain , A vous Cognacq-Jay! »

mercredi 1 mars 2017

J'ai fait un rêve....

Paris 28 février  2117, Champs Elysées , 1.000.000 de soignants dans la rue.

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Discours d’ Angela King , infirmière à la tête du mouvement « Tous pour un » 

Je suis heureuse de pouvoir être ici avec vous aujourd'hui, à cet évènement dont on se rappellera comme étant la plus grande manifestation pour la reconnaissance des infirmiers dans l'histoire de notre pays.

Il y a cent ans, plusieurs milliers de soignants ont signé le manifeste des 600.000.

Ces textes ont allumé une lumière d'espoir pour des milliers de soignants qui étaient en grande souffrance. Ce fut comme une éclaircie après tant d’années de maltraitance.

Mais un siècle plus tard, les infirmiers sont toujours méprisés, un siècle plus tard, la vie des soignants est toujours aussi difficile, un siècle plus tard, les infirmiers vivent isolés sur une île d'indifférence au milieu d'un vaste océan de prospérité, un siècle plus tard, les soignants survivent toujours au sein de la société Française comme des exilés au cœur du système de soins qui repose pourtant en partie sur leurs compétences.

2117 n'est pas une fin, mais un commencement.
Il n'y aura ni repos ni tranquillité en France  jusqu' à ce que les soignants obtiennent les droits et la reconnaissance qui leurs sont dus.

Mais il y a quelque chose que je dois vous dire confrères et consœurs
 Tout en cherchant à obtenir la place qui nous est due, nous ne devons pas être coupables d'actions mauvaises. Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de reconnaissance en buvant dans la tasse de l'amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte avec une grande exigence de dignité et de discipline.
Nous ne devons pas laisser nos revendications dégénérer en violence physique.

L'esprit militant, nouveau et merveilleux, qui a imprégné et reveillé la communauté infirmière, ne doit pas nous amener à manquer de confiance en nos dirigeants, parce que beaucoup de politiques comme le prouve leur présence ici, aujourd'hui, se rendent maintenant compte que leur destinée est liée à notre destinée, et ils réalisent que la bonne marche du système de santé est inextricablement liée à la revalorisation et la reconnaissance du statut des professionnels de santé que nous sommes.
Nous ne pouvons pas cheminer seuls.

Nous ne serons jamais satisfaits tant que les infirmiers seront les laissés pour compte du système de santé, nous ne serons jamais satisfaits tant que certains d’entre nous feront le choix de mourir plutôt que de résister, nous ne serons pas satisfaits tant que la souffrance des infirmiers au travail ne sera pas reconnue comme un problème  grave nécessitant une réelle prise en charge, nous ne serons jamais satisfaits tant qu'on ne reconnaitra pas nos compétences à leur juste titre.

Nous ne serons pas satisfaits tant que nous n’aurons pas un ministre de tutelle qui nous respecte et qui nous estime.

Mais aujourd'hui mes amis, quelques soient les difficultés actuelles et futures, j'ai tout de même un rêve.

C'est un rêve qui est profondément enraciné dans l' idéologie Française.

Je rêve qu'un jour cette nation se dressera et fera honneur à la vraie signification de son credo :

                                              "Liberté, Égalité, Fraternité "

Je rêve qu'un jour infirmiers libéraux, les infirmiers hospitaliers, les aides-soignants,les auxiliaires de santé,les médecins,les personnels soignants dans leur ensemble pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité et être heureux du statut et des conditions de travail qui leur seront réservés.

Je rêve qu'un jour, le système de soins dans son ensemble soit transformé en une oasis de sérénité et d’humanité. 

Je rêve que le monde soignant ne soit pas évalué à la hauteur de sa productivité et des objectifs financiers des établissements mais à la mesure de leur professionnalisme et de leur efficience.

Avec ce rêve, nous pourrons travailler ensemble, lutter contre la maladie ensemble, guérir ensemble, soigner ensemble, défendre la cause de la qualité du système de soins Français ensemble, sachant qu'un jour nous serons reconnus à notre juste valeur. 

Avec ce rêve plus aucun d'entre nous ne sera retrouvé mort de désespoir sur son lieu de travail.

Et quand cela se produira, nous permettrons à chacun d’entre nous de soigner et d’être soigné dans un système de soins de qualité dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque région et chaque ville, nous serons enfin en mesure de dire et de chanter :


                               "Reconnus enfin, respectés enfin, heureux enfin !"


A la  mémoire de nos confrères et consœurs morts au travail dans l'indifférence et l'anonymat .


NB: Je tiens à préciser que pour écrire ce texte, je me suis  inspirée du célèbre discours du pasteur américain Martin Luther King prononcé le 28 Aout 1963 à Washington. Ce jour là, il participe à une "marche pour l'emploi et l'égalité" organisée par divers mouvements défendant les minorités. Devant  les marches du Lincoln Memorial, les différents leaders se succèdent à la tribune mais c'est le discours de Martin Luther King qui restera célèbre pour la force de son souffle prophétique.
"I have a dream"... 
Ce texte va rentrer dans l'Histoire. 

http://www.dailymotion.com/video/x2vlq1_martin-luther-king-i-have-a-dream-s_news

lundi 13 février 2017

Les mots doux .


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Aujourd’hui il fait froid.
Il est 6h45 lorsque je ressens le vent glacial sur mon visage.
Je relève mon col, ajuste mon écharpe, j’inspire une bouffée d’air frais et je me lance dans les rues quasi désertes.
Je consulte les patients les uns après les autres et progressivement la ville se réveille.
Vers 10h00, je me rends chez un patient qui est sorti de l’hôpital hier soir après y être resté une dizaine de jours.
Nous nous connaissons depuis plusieurs années, il me fait confiance et s’adresse souvent à moi avant de consulter le medecin.
Mr P. est un homme de 80 ans aux convictions affirmées, il fait souvent preuve de maladresses verbales voire de mauvaise éducation.
Je le soigne pourtant dès qu’il est nécessaire de le faire et il refuse de faire appel à un autre cabinet.
Pourtant je ne partage pas ses opinions politiques.
Je n’aime pas ses manières.
Je ne supporte pas l’attitude machiste dont il fait preuve à l’égard de sa femme.
J’exècre la vulgarité de ses propos.
Je n’apprécie pas sa conversation.
Pourtant, je le soigne comme tous les autres, ni mieux, ni moins bien.
 Juste de façon professionnelle, tout simplement parce que chacun doit pouvoir bénéficier des meilleurs soins possibles.
On évoque souvent la difficulté d’établir la bonne distance soignant-soigné lorsque l’on devient trop empathique mais rarement lorsque l’on ressent de l’antipathie, et pourtant c’est tout aussi difficile.
Ce matin, il est en pleine forme !
« Ah Peggy, je suis content de vous voir ! Ça va bien chez vous ? Les enfants ? »
-Bonjour Monsieur, tout le monde va bien, je vous remercie. Votre séjour s’est il bien passé ?
« Mouais tout le monde était super ! Les filles étaient chouettes, par contre elles ont un boulot dingue les pauvres ! Elles savent plus où donner la tête, il y en a une qui s’est faite engueuler parce qu’elle a fait une connerie, elle pleurait dans ma chambre pendant le soin ! Et puis on attend des plombes pour un examen, personne ne sait rien de rien. Bref le gros bordel… »
-et sinon le medecin qui vous a opéré ? Vous êtes satisfait ?
« Ouais, je l’ai vu 5 minutes avant ,5 minutes après, il m’a pris 200 balles de dépassement d’honoraires. Franchement c’est un bon taf ! Et puis je ne vous parle pas de la bouffe, j’ai pris une chambre individuelle qui m’a couté 100 balles par jour et j’avais même pas une bouteille d’eau minérale ! »
-en même temps l’hôpital n’a jamais été réputé pour son hôtellerie ! dis-je sarcastique.
« Non c’est vrai ! Heureusement, il y avait une petite négresse qui était bien gentille ! C’était l’infirmière de nuit, je lui donnais 2 balles et elle allait me chercher des bouteilles d’eau au distributeur. »
En entendant ses mots, je tressaille. Je sens un battement dans ma tempe droite taper de plus en plus rapidement.
Je ne peux pas laisser passer ça.
Je suis soignante certes mais je ne peux pas tout tolérer tendre la joue gauche et me taire.
Je dirais même que je dois réagir.
-Pardon ?
« oui une petite noiraude, très gentille, d’ailleurs le service en était plein ! Elle s’est occupé de moi pendant une semaine, et elle même venue me dire au revoir quand je suis parti. Par contre, j’ai pas retenu son prénom ! »
-Vous pouvez me rappeler ce qu’elle faisait ?
« c’était l’infirmière ! »
-et que faisait elle ?
« Ben vous savez bien, elle me soignait ! »
-et vous a-t-elle manqué de respect ?
« Oh ben non alors ! »
-alors pourquoi le faites-vous ?
« Comment ça ? »
-pourquoi manquez-vous de respect à tous ces gens qui vous ont soigné et particulièrement à celle qui vous a le plus aidé ? la petite « négresse » ?
« Ah ça mais c’est un mot affectueux ! Et puis les autres ils font ce qu’ils peuvent ! »
-non Monsieur, ce n’est pas un mot affectueux, c’est un terme raciste utilisé par les esclavagistes ! Tous ces gens qui vont ont soigné font ce qu’ils peuvent avec les maigres moyens qu’ils ont. Et ils vous ont malgré tout remis sur pieds.
Surpris, il est reste silencieux, il semble réfléchir.
-je vous souhaite une bonne après-midi Monsieur, à demain.
« A demain Peggy, et merci d’être venue. »
La situation que les soignants vivent actuellement est insupportable.
Le système se fissure de toutes parts.
La qualité des soins se dégradent.
Les patients insatisfaits ne respectent plus les soignants.
Les élections approchent, les promesses affluent…..
Nous sommes 600.000


Signez et partagez le manifeste des 600.000

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono/?pv=57
Je vous attends nombreux au 93 avenue du bac à la Varenne saint Hilaire à la Librairie L'Eclectique pour une première rencontre dédicace des petites histoires.
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lundi 6 février 2017

BLACK MONDAY: Lettres posthumes.





Ce texte a été écrit par trois infirmières libérales, auteures du « Manifeste des 600 000 »  suite à l'annonce du suicide d'un infirmier lors de sa garde à l'hôpital Pompidou le 6 février 2017.



Myriam de "La petite infirmière Dans la prairie"

Une alerte sur mon portable, au beau milieu de ma tournée, au beau milieu d’une matinée comme les autres. Une alerte comme on en reçoit des tas. De l’information en spontané, déversée sur nos portables parce que le monde tourne tellement vite. Entre deux maisons, je regarde d’un œil distrait : un infirmier s’est suicidé. Cette information, au milieu des autres me saute au visage. Je la prends en pleine poire. Comme un uppercut… Sonnée, je lis l’article. Un mot me vient : « encore ». Encore et quoi ? Soupirer, s’indigner et continuer son chemin. Ou ne plus accepter. Parce qu’on ne met pas fin à ses jours sur son lieu de travail par hasard. A l’hôpital, on répare le vivant. C’est le rôle des soignants. Ce sont eux, qui nous reçoivent aux urgences lorsque le petit dernier a fait une mauvaise chute. Ce sont eux qui sont là, à notre réveil lorsque l’on vient de se faire opérer. Ce sont eux qui nous tiennent la main et qui nous rassure lorsque l’angoisse prend le dessus sur le reste. Ce sont eux, qui, souvent, sont là dans nos derniers instants, quand leur regard croise le notre pour la dernière fois. Ce sont aussi les mêmes qui enchaînent les journées aux cadences infernales, qui se dépatouillent en faisant ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord. Ce sont aussi eux, qui souffrent même si souvent cette souffrance, ils la mettent en boule au fond de leur poche comme un vulgaire mouchoir en papier parce que c’est comme ça. Mais qui les écoutent lorsqu’ils n’ont plus de place dans leurs poches, lorsque la détresse prend le dessus sur tout le reste ? Qui prend en compte leur souffrance ? Ce sont nous, soignants, qui devons ne plus accepter, qui devons arrêter de soupirer en continuant notre chemin. Parce qu’un collègue qui se donne la mort, ce n’est plus acceptable…

Myriam, auteure du blog "Lapetiteinfirmière Danslaprairie"


Corinne de "La Seringue Atomique"

Je n'étais pas là cette nuit pour te tenir la main. Je n'étais pas là non plus, il y a quelques mois, pour tenter de retenir ces infirmiers qui ont dramatiquement mis fin à leurs jours. Je n'étais pas là, Nous n'étions pas là. Cette machine à broyer de l'humain qu'est devenu l'hôpital était absente elle-aussi. Notre ministre, nos politiques, les experts en la matière, tous ceux qui ne cessent de nous rabâcher les mêmes litanies à longueur d'année sur l'art et la manière de gérer les établissements de santé n'étaient pas présents eux non plus. Cette nuit, tu étais seul à trimbaler ta souffrance si bien dissimulée sous ta blouse dans les couloirs déserts de cet hôpital. Tu étais seul et tout le monde n'y a vu que du feu. Comme d'habitude, personne ne pouvait supposer qu'un tel geste pouvait être concevable. Qui aurait pu imaginer l'impensable ? Cette nuit, les patients, remplis de leur propre douleur, tentaient de trouver un sommeil qui s'obstinait à se dérober sous leurs pieds. Tes collègues, quant à eux, étaient absorbés par leurs multiples tâches. Comment un tel drame a-t-il pu arriver ? Quelle quantité de désespoir faut-il pour se jeter dans le vide, se pendre ou ingérer une dose létale de médicaments ? Quelle est la capacité d'absorption de stress, d'angoisses ou d'anxiété d'un être humain avant d'arriver au point de non retour. Quelle est l'ultime goutte qui fait déborder le vase ?
Je suis navrée d'avoir à me répéter aujourd'hui . Je suis exaspérée de redire encore et encore, ô combien il faut prendre soin des soignants de ce pays. Je n'ai d'ailleurs plus les mots pour le dire. Les questions se bousculent, je n'ai pas de réponses mais ce que je sais, c'est que ça ne peut plus durer. Je sais qu'il faut absolument que les choses changent. Il est urgent que les infirmiers défendent leurs droits et la qualité de leur travail pour empêcher que ces drames ne deviennent des habitudes. Il faut écrire, raconter et témoigner pour que toutes ces morts ne soient pas inutiles, pour
leurs familles, pour ne pas les oublier et pour qu'elles deviennent les leviers du changement.

Corinne, auteure du blog "La seringue Atomique"


Peggy de "Les petites histoires de Mlle Peggy"

Ce lundi, je ne travaille pas Un repos bien mérité après plusieurs jours de travail intense, durant lesquels j’ai écouté chacun de mes patients, j’ai pansé les plaies mais aussi les âmes des uns et des autres. Je me suis levée tôt, je me suis couchée tard chaque jour pour affronter la douleur de chacun. Durant des jours entiers, je n’ai fréquenté que des humains en souffrance, très souvent en silence et toujours seule. Toujours seule car il est difficile de parler de notre quotidien à ceux qui ne le connaissent pas car ils ne le comprennent pas toujours. Il faut donc affronter la maladie et tout ce qu’elle engendre, l’angoisse de la mort du patient mais aussi de sa famille, seul. Sans en parler. En silence. Quand le poids du malheur devient trop lourd, on s’évade, on sort, on a soif de rencontres de gens apparemment heureux et « sains », on se saoule de musiques, de couleurs, d’amour, de baisers d’enfants et de rires. Tout va mieux, on se reconnecte à la vie insouciante, celle qui ne pose pas le dilemme du lendemain , d’un futur incertain voir improbable …. Et puis, lorsque le repos prend fin, on remet alors son costume de lumière, vous savez celui de « super héros », sourire vissé au visage, douze à quinze heures durant, on doit être capable de tout supporter de tout entendre, il est interdit de juger, on doit forcément comprendre et accepter. En silence. Alors on repart au combat et on encaisse les coups. Pourtant parfois, certains n’ont pas la force de repartir. Certains n’ont plus la force de continuer. Ce lundi 6 février, je ne travaille pas. La journée va être légère, mes enfants sont en vacances , j’ai décidé que je resterai au chaud à ne rien faire, juste laisser s’écouler le temps , doucement. Sans rendez-vous qui s’enchaînent de manière frénétique. Sans cette succession de minutes qui représente un déplacement chez un patient, un rendez-vous au cabinet qu’il faut décaler faute de ce temps qui passe trop vite, beaucoup trop vite. Ce matin, je ne travaille pas. Le temps n’aura pas d’emprise sur moi. Le téléphone sonne, une amie infirmière du bout monde m’appelle et me dit : « Tu as lu les informations ? Un infirmier s’est suicidé cette nuit à Paris, à Pompidou dans son service ! Je suis bouleversée ! » Ce lundi, je ne travaille pas. La journée sera consacrée à réfléchir et à écrire un texte rendant hommage à un homme qui comme moi, comme mes 600000 confrères et consœurs consacrent la majeure partie de leur temps à panser les plaies mais aussi les âmes des uns et des autres et qui n’a trouvé personne pour prendre soin de lui. Personne pour l’écouter, le soutenir, le soulager, ni panser ses plaies. Et personne pour parler de cet énième drame qui touche le monde soignant. Les médias vont certainement mettre cette affaire sur le compte de problèmes familiaux et ainsi la classer au rayon des faits divers. Par ces allégations, ils infligent une double peine aux familles, celle de la perte de l’être cher et celle de la culpabilité, dédouanant ainsi l’institution. Sixième suicide en neuf mois, après Toulouse, le Havre, Saint-Calais, près du Mans, et Reims. Aujourd‘hui je ne travaille pas. J’ai décidé que je rendrais hommage à tous ces infirmiers qui meurent sous le poids du stress, du manque d’encadrement, d’écoute, de considération, d’humanité et que l’on sacrifie sur l’autel des objectifs financiers de plus en plus lourds. Aujourd’hui, je veux rendre hommage à une profession toute entière qui est en souffrance et dont personne ne voit les morts et n’entend les larmes et les cris. Ce lundi 6 février je ne travaille pas. J’ai décidé que j’écrirais aux familles des victimes, pour leur dire ma peine mais surtout pour leur présenter mes très sincères condoléances et leur assurer qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils ne sont pas responsables de ces drames humains mais que c’est bien le système de santé actuel qui l’est . Aujourd’hui, je ne travaille pas. Et encore une fois, j’écris que notre profession a besoin d’aide.

Peggy, auteure du blog "Les petites histoires de Mlle Peggy"

A  tous les membres du gouvernement :  Nous sommes aujourd'hui environ 600 000 infirmiers en souffrance, 600 000 infirmiers maltraités, 600 000 infirmiers qui n'attendent que votre
soutien.
Aux patients, aux familles, à tous ceux qui, un jour ou l'autre, auront besoin d'un infirmier : Nous avons plus que jamais besoin de vous pour préserver la qualité de nos soins. Nous avons besoin de vos voix pour nous faire entendre. A toi qui lis ce manifeste : Nous avons besoin de ta signature pour enfin être entendus !".


Retrouvez l'actualité des petites histoires sur la page fb

 Pour signer, c'est par ici ►https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_ patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono/?copy&utm_sour ce=sharetools&utm_medium=copy&utm_campaign=petition-406933Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_dece ntes_Hausse_des_salaires_et_des_hono&utm_term=noHash%2Bfr Myriam, Corinne, Peggy, trois  infirmières parmi 600 000 ...

dimanche 5 février 2017

Manifeste des 600.000

Parce qu'il est temps de dire haut et fort ce que vivent les infirmiers quelque soit leur exercice partout en France, parce qu'il est temps que l'opinion publique se fasse sur des témoignages concrets, de professionnels et non de journalistes qui cherchent l' info qui choque mais qui plait.

MANIFESTE DES 600 000 !


Ce manifeste a été écrit par quatre infirmières exerçant au quotidien auprès des malades partout en France. Elles sont également blogueuses et observent chaque jour le malaise et le mal être de beaucoup de leurs confrères et consœurs. Ce manifeste est pour eux mais aussi pour tous ceux qui fréquentent, vivent, encouragent, soutiennent chaque jour les infirmiers partout sur le territoire français.

► Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Dans ma famille, nous sommes nombreux à exercer ou à avoir exercé des professions liées aux soins. C'est un peu comme si chacun de nous était tombé dans une potion magique à la naissance. Mon arrière grand‐père me parle souvent de la guerre, de sa guerre à lui pour sauver des vies lors du débarquement de Normandie. Ma grand‐mère me raconte Mai 68 et les barricades sur lesquelles elle s'est battue pour les droits des femmes et des salaires décents. Ma mère me dit ô combien il était aisé de trouver un poste d'infirmière dans les années 90. Elle me parle de l'amour qu'elle avait pour son métier, des étudiants qu'elle prenait plaisir à encadrer, du temps qu'elle passait avec eux et de sa satisfaction à les voir évoluer.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Hélas, je suis conscient de mes lacunes et de la détermination dont il me faudra faire preuve pour les combler. Durant ces 36 mois de formation, J'ai été peu encadré lors de mes stages. Il n'y a personne à incriminer en particulier, seul le manque de temps ou de personnel peuvent être responsables de telles situations. 
Dans les services qui m'ont accueilli, J'ai souvent eu le sentiment confus de boucher des trous, de colmater des brèches, de plâtrer du mieux que je pouvais et ce, avec un professionnalisme plus qu' hasardeux.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Je suis impatient d'entrer dans la vie active mais j'avoue que l'avenir me fait peur. 
Ces dernières années, les nouveaux infirmiers fraîchement débarqués sur le marché du travail ont eu des difficultés à trouver un emploi. Certains même ont dû se reconvertir ou simplement accepter des postes dans d'autres secteurs d'activités. Depuis quelques temps, le chômage a fait son entrée dans la profession. Pourtant, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer les manques d'effectifs dans les hôpitaux de ce pays. 
Les soignants ne cessent de crier leur ras‐le‐bol, leur fatigue, leur impuissance à soigner des patients de plus en plus nombreux. Ils parlent souvent de cette démotivation croissante dont ils sont victimes, qui égratigne chaque jour une peu plus l'amour qu'ils ont pour leurs métiers. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON à la précarité de l'emploi dans un pays où l'on parle de qualité et d'efficience. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON aux diminutions d'effectifs et à la médecine comptable. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux pouvoir exercer mon futur métier avec passion dans de bonnes conditions. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux être un professionnel de santé efficace et compétent.

Corinne, infirmière libérale et auteur du blog « la seringue
atomique » 
http://laseringueatomik.canalblog.com/

► Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. J'y travaille depuis un an, depuis que je suis dans la région. Je viens d'acheter une maison alors, un CDI, c'est toujours mieux lorsque l'on franchit les portes d'une banque. À la clinique, ils me l'ont proposé tout de suite le CDI parce que les infirmières qui veulent rester dans le coin, ça ne court pas les rues. Une petite ville de province dans le centre de la France, où le boulot se fait rare, ça n'attire pas les foules.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Une clinique rachetée par un fonds de pension parce que c'est comme cela qu'elle survit. Une clinique où soin rime avec rentabilité, où le patient est aussi un client.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Je sais que je ne ferai pas ma carrière ici. Je reste pour le moment faute de mieux mais, bientôt, je partirai vers d'autres horizons, pas forcément plus glorieux mais mieux payés en tout cas. 
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et Je gagne 1500 euros en travaillant à temps plein avec deux weekends par mois. J'ai ma besace pleine d'heures sup' mais peu sont payées et les récupérer, je n'y pense même pas.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Souvent, lorsque je suis en repos, le téléphone sonne parce qu'il n'y a personne pour " tenir" le service et que je dois revenir bosser.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Le soir, j'ai mal aux jambes à cause de tous ces kilomètres parcourus dans la journée. Le soir, j'ai mal au dos à cause de tous ces corps meurtris que l'on doit manipuler. Le soir, j'ai mal au cœur à cause de toute cette souffrance côtoyée.
Je sais qu'à ce rythme, je ne tiendrai pas jusqu'à la retraite parce qu'à force, ce sera mon corps qui souffrira. Quant à ma tête, elle souffre déjà du manque de reconnaissance, des conditions de travail et du salaire qui ne suit pas. Alors que je ne suis qu'au tout début de ma carrière.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et j'ai peur. Tous les jours, j'ai peur de me tromper, de commettre l'irréparable parce que soigner dans les conditions actuelles ressemble davantage à du travail à la chaîne. Parce qu'il faut remplir le plus de lits, faire sortir les gens de plus en plus vite pour en accueillir d'autres.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je suis inquiète pour mon avenir. Je suis inquiète parce que, de plus en plus souvent, j'en ai marre de ce métier que j'aime pourtant passionnément. Marre de voir mes collègues quitter le navire les uns après les autres parce qu'ils n'en peuvent plus, parce que travailler comme ça ce n'est plus envisageable.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je veux continuer à exercer mon métier. Je veux rester infirmière. Je ne veux pas faire autre chose mais je veux faire mon métier dans des conditions acceptables. Je veux pouvoir travailler dans la sérénité, non dans le stress et la rentabilité. Je veux que ma profession soit écoutée, entendue et soutenue.

Myriam, infirmière libérale et auteur du blog : « La petite
infirmière dans la prairie »
 http://www.lapetiteinfirmieredanslaprairie.com/

► Je suis Lou, j’ai quarante‐cinq ans, je suis mariée et je suis
mère de deux enfants. Je suis infirmière libérale depuis quinze
ans. J’ai travaillé plusieurs années à l’hôpital et quand les
conditions d’exercice sont devenues trop difficiles à cause du
manque de personnel, les objectifs financiers prenant le pas sur la prise en charge globale et humaine du patient, j’ai pris la décision de quitter la fonction publique et de m’installer en libéral.
Je suis Lou et j’ai créé mon cabinet infirmier seule il y a quinze
ans. Quinze ans de journées aux amplitudes horaires très larges pour pouvoir créer une patientèle qui rende mon activité viable. Quinze ans de travail acharné. Quinze ans de charges sociales importantes à payer et qui s’alourdissent chaque année un peu plus. Quinze ans d’exercice rigoureux, professionnel, attentif, face à des centaines de patients satisfaits et pourtant. Quinze ans à recevoir des honoraires dont le prix moyen est de cinq euros et qui n’a quasiment pas augmenté depuis trente ans. Quinze ans que je me déplace chaque jour au domicile de mes patients pour moins de trois euros. Quinze ans de travail ponctué par des périodes de vacances trop courtes. Quinze ans que je prends soin des autres et que je ne peux me permettre de m’arrêter malgré une sciatique persistante faute de protection sociale suffisante. Quinze ans que je cherche régulièrement un remplaçant ou un collaborateur que cette vie au long terme, n’effraie pas trop. Quinze ans que je vois des consœurs et des confrères qui abandonnent l’aventure du libéral usés physiquement et psychologiquement après y avoir investi une partie de leur vie et de leur énergie. Quinze ans que je vois des infirmiers maltraités, mourir dans un silence médiatique et politique scandaleux. Quinze ans de solitude. Quinze ans d’absence de considération. Quinze ans que les médias ne montrent que ce qui fait vendre et non ce qui pourrait nous permettre d’exister. Quinze ans pourtant, que je vois partout autour de moi, des infirmiers de bonne volonté montant au créneau, interpelant les médias, les pouvoirs politiques et les alerter sur l’état des lieux de notre profession.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale, j’ai quarante‐cinq ans et
quinze ans après mon installation, je sais qu’il me reste encore trente ans à tenir ce rythme. Encore trente ans à tenir ce rythme. Trente ans à se lever à 5h00 du matin été comme hiver. Trente ans à travailler 15 heures par jour quasiment 7 jours sur 7. Trente ans à conduire des dizaines de kilomètres par jour de jour comme de nuit. Trente ans à monter et descendre des centaines de marches. Trente ans à porter des patients lourds, dépendants et handicapés, seule, à la seule force de mes bras. Trente ans à travailler dans l’ombre, obstinément. Après avoir passé ma vie à prendre soin des autres, qui prendra soin de moi.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale et dans trente ans, j’aurai soixante‐quinze ans. Aurais‐je accès à un système de santé efficace et performant ? Dans trente ans, la pension de retraite que me reversera la Carpimko me permettra‐t‐elle de vivre dignement et d’avoir accès aux soins dont j’aurai besoin ? Dans trente ans, l’hôpital public existera‐t‐il encore ou aura‐t‐il laissé place à une médecine privée et chère ? Dans trente ans, il sera trop tard pour agir. Il est certain que je trouverai une solution pour ne pas avoir à vivre les trente prochaines années de ma vie professionnelle de cette façon. Comme beaucoup.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale et je veux que les choses changent. C’est aujourd’hui que notre profession doit être soutenue, reconnue, et respectée. Protéger et préserver les soignants est essentiel. Simplement pour que notre système de santé reste performant et accessible à tous, aujourd’hui et pour les générations futures. 

Peggy, infirmière libérale et auteur de « les petites
histoires de Mlle Peggy »
https://www.facebook.com/Les‐petites‐histoires‐de‐Mlle‐Peggy‐563008933815238/?fref=ts

► Je m’appelle Charline, mais on s’en fiche pas mal. 
On s’en fiche parce qu’au final, je pourrais être ta fille, ta femme, ta pote, ta voisine ou cette autre qui tient cette aiguille plantée au pli de ton coude. Je suis Charline et je suis infirmière. Mais ça, on s’en fiche pas mal. Je suis Charline et je suis infirmière libérale mais je pourrais être l’infirmière qui t’accueille aux urgences, celle qui soigne ton tout‐petit en pédiatrie, celle qui soigne ton vieux en gériatrie. Celle qui s’occupera de toi à ton réveil de chirurgie, celle qui tiendra la main de celui qui s’endort, que tu aimes et que tu as tellement de peine à voir mourir… 
Je suis celle qui tient les pinces, les aiguilles et qui te touche de ses mains gantées de latex blanc en continuant de te sourire alors que tu auras perdu le tien.
Je suis infirmière, une parmi 600 000 en France et on s’en fiche pas mal… On s’en fiche parce qu’aujourd’hui, en France, quand nous, les soignants, sommes dans la rue au lieu d’arpenter les couloirs de nos services de soins, nous devons faire face au silence des médias, de l’État et des institutions qui nous embauchent. On s’en fiche, car j’ai l’impression que tout le monde se rattache à cette image de nonne qui nous colle à la couenne. A cette cornette qui aujourd’hui me gratte la tête, capable de soigner malgré tout, malgré le pire, malgré les conditions de travail qui aujourd’hui nous font mourir. Les récents suicides d’infirmiers en sont la preuve, aujourd’hui on meurt parfois de vous soigner. 
Mais on s’en fiche pas mal car il y aura toujours des infirmières pour remplacer celles qui se tuent, celles qui s’arrêtent, celles qui s’épuisent, pas vrai ? Enfin ça, c’est peut‐être ce que tu te dis, toi qui est en train de me lire. Mais il est une réalité que tu ne perçois peut‐être pas alors que tu es couché sous les draps sentant le désinfectant de l’hôpital qui t’accueille, alors que tu râles en attendant ton tour aux urgences, alors que tu pestes devant la libérale arrivée encore une fois en retard : la santé française est malade et les soignants sont en souffrance de devoir se battre à conjuguer santé et rentabilité en vue de combler le sacrosaint trou de la sécu que l’État s’évertue à combler en y jetant les blouses blanches et la qualité de tes soins. La santé de tous est en danger, sans moyens pour mieux vous soigner et sans vous à nos côtés, ce sont vos soignants et votre santé que vous condamnez !

Charline, infirmière libérale et auteur du blog « C’est
l’infirmière ! Brèves et chroniques d’une infirmière
rurale » 
http://cestlinfirmiere.blogspot.com/

A tous les membres du gouvernement : Nous sommes aujourd'hui environ 600 000 infirmiers en souffrance, 600 000 infirmiers maltraités, 600 000 infirmiers qui n'attendent que votre soutien. Aux patients, aux familles, à tous ceux qui, un jour ou l'autre, auront besoin d'un infirmier : Nous avons plus que jamais besoin de vous pour préserver la qualité de nos soins. Nous avons besoin de vos voix pour nous faire entendre. 
A toi qui lis ce manifeste : Nous avons besoin de ta signature pour enfin être entendus !".

Corinne, Myriam, Peggy, Charline, quatre infirmières parmi 600 000 ... 
Ce manifeste a été écrit par quatre infirmières exerçant au quotidien auprès des malades partout en France. Elles sont également blogueuses et observent chaque jour le malaise et le mal être de beaucoup de leurs confrères et consœurs. Ce manifeste est pour eux mais aussi pour tous ceux qui fréquentent, vivent, encouragent, soutiennent chaque jour les infirmiers partout sur le territoire français.► Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Dans ma famille, nous sommes nombreux à exercer ou à avoir exercé des professions liées aux soins. C'est un peu comme si chacun de nous était tombé dans une potion magique à la naissance. Mon arrière grand‐père me parle souvent de la guerre, de sa guerre à lui pour sauver des vies lors du débarquement de Normandie. Ma grand‐mère me raconte Mai 68 et les barricades sur lesquelles elle s'est battue pour les droits des femmes et des salaires décents. Ma mère me dit ô combien il était aisé de trouver un poste d'infirmière dans les années 90. Elle me parle de l'amour qu'elle avait pour son métier, des étudiants qu'elle prenait plaisir à encadrer, du temps qu'elle passait avec eux et de sa satisfaction à les voir évoluer.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Hélas, je suis conscient de mes lacunes et de la détermination dont il me faudra faire preuve pour les combler. Durant ces 36 mois de formation, J'ai été peu encadré lors de mes stages. Il n'y a personne à incriminer en particulier, seul le manque de temps ou de personnel peuvent être responsables de telles situations. 
Dans les services qui m'ont accueilli, J'ai souvent eu le sentiment confus de boucher des trous, de colmater des brèches, de plâtrer du mieux que je pouvais et ce, avec un professionnalisme plus qu' hasardeux.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Je suis impatient d'entrer dans la vie active mais j'avoue que l'avenir me fait peur. 
Ces dernières années, les nouveaux infirmiers fraîchement débarqués sur le marché du travail ont eu des difficultés à trouver un emploi. Certains même ont dû se reconvertir ou simplement accepter des postes dans d'autres secteurs d'activités. Depuis quelques temps, le chômage a fait son entrée dans la profession. Pourtant, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer les manques d'effectifs dans les hôpitaux de ce pays. 
Les soignants ne cessent de crier leur ras‐le‐bol, leur fatigue, leur impuissance à soigner des patients de plus en plus nombreux. Ils parlent souvent de cette démotivation croissante dont ils sont victimes, qui égratigne chaque jour une peu plus l'amour qu'ils ont pour leurs métiers. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON à la précarité de l'emploi dans un pays où l'on parle de qualité et d'efficience. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON aux diminutions d'effectifs et à la médecine comptable. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux pouvoir exercer mon futur métier avec passion dans de bonnes conditions. Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux être un professionnel de santé efficace et compétent.

Corinne, infirmière libérale et auteur du blog « la seringue
atomique » 
http://laseringueatomik.canalblog.com/

► Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. J'y travaille depuis un an, depuis que je suis dans la région. Je viens d'acheter une maison alors, un CDI, c'est toujours mieux lorsque l'on franchit les portes d'une banque. À la clinique, ils me l'ont proposé tout de suite le CDI parce que les infirmières qui veulent rester dans le coin, ça ne court pas les rues. Une petite ville de province dans le centre de la France, où le boulot se fait rare, ça n'attire pas les foules.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Une clinique rachetée par un fonds de pension parce que c'est comme cela qu'elle survit. Une clinique où soin rime avec rentabilité, où le patient est aussi un client.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Je sais que je ne ferai pas ma carrière ici. Je reste pour le moment faute de mieux mais, bientôt, je partirai vers d'autres horizons, pas forcément plus glorieux mais mieux payés en tout cas. 
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et Je gagne 1500 euros en travaillant à temps plein avec deux weekends par mois. J'ai ma besace pleine d'heures sup' mais peu sont payées et les récupérer, je n'y pense même pas.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Souvent, lorsque je suis en repos, le téléphone sonne parce qu'il n'y a personne pour " tenir" le service et que je dois revenir bosser.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province. Le soir, j'ai mal aux jambes à cause de tous ces kilomètres parcourus dans la journée. Le soir, j'ai mal au dos à cause de tous ces corps meurtris que l'on doit manipuler. Le soir, j'ai mal au cœur à cause de toute cette souffrance côtoyée.
Je sais qu'à ce rythme, je ne tiendrai pas jusqu'à la retraite parce qu'à force, ce sera mon corps qui souffrira. Quant à ma tête, elle souffre déjà du manque de reconnaissance, des conditions de travail et du salaire qui ne suit pas. Alors que je ne suis qu'au tout début de ma carrière.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et j'ai peur. Tous les jours, j'ai peur de me tromper, de commettre l'irréparable parce que soigner dans les conditions actuelles ressemble davantage à du travail à la chaîne. Parce qu'il faut remplir le plus de lits, faire sortir les gens de plus en plus vite pour en accueillir d'autres.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je suis inquiète pour mon avenir. Je suis inquiète parce que, de plus en plus souvent, j'en ai marre de ce métier que j'aime pourtant passionnément. Marre de voir mes collègues quitter le navire les uns après les autres parce qu'ils n'en peuvent plus, parce que travailler comme ça ce n'est plus envisageable.
Je suis Juliette, infirmière dans une clinique de province et je veux continuer à exercer mon métier. Je veux rester infirmière. Je ne veux pas faire autre chose mais je veux faire mon métier dans des conditions acceptables. Je veux pouvoir travailler dans la sérénité, non dans le stress et la rentabilité. Je veux que ma profession soit écoutée, entendue et soutenue.

Myriam, infirmière libérale et auteur du blog : « La petite
infirmière dans la prairie »
 http://www.lapetiteinfirmieredanslaprairie.com/

► Je suis Lou, j’ai quarante‐cinq ans, je suis mariée et je suis
mère de deux enfants. Je suis infirmière libérale depuis quinze
ans. J’ai travaillé plusieurs années à l’hôpital et quand les
conditions d’exercice sont devenues trop difficiles à cause du
manque de personnel, les objectifs financiers prenant le pas sur la prise en charge globale et humaine du patient, j’ai pris la décision de quitter la fonction publique et de m’installer en libéral.
Je suis Lou et j’ai créé mon cabinet infirmier seule il y a quinze
ans. Quinze ans de journées aux amplitudes horaires très larges pour pouvoir créer une patientèle qui rende mon activité viable. Quinze ans de travail acharné. Quinze ans de charges sociales importantes à payer et qui s’alourdissent chaque année un peu plus. Quinze ans d’exercice rigoureux, professionnel, attentif, face à des centaines de patients satisfaits et pourtant. Quinze ans à recevoir des honoraires dont le prix moyen est de cinq euros et qui n’a quasiment pas augmenté depuis trente ans. Quinze ans que je me déplace chaque jour au domicile de mes patients pour moins de trois euros. Quinze ans de travail ponctué par des périodes de vacances trop courtes. Quinze ans que je prends soin des autres et que je ne peux me permettre de m’arrêter malgré une sciatique persistante faute de protection sociale suffisante. Quinze ans que je cherche régulièrement un remplaçant ou un collaborateur que cette vie au long terme, n’effraie pas trop. Quinze ans que je vois des consœurs et des confrères qui abandonnent l’aventure du libéral usés physiquement et psychologiquement après y avoir investi une partie de leur vie et de leur énergie. Quinze ans que je vois des infirmiers maltraités, mourir dans un silence médiatique et politique scandaleux. Quinze ans de solitude. Quinze ans d’absence de considération. Quinze ans que les médias ne montrent que ce qui fait vendre et non ce qui pourrait nous permettre d’exister. Quinze ans pourtant, que je vois partout autour de moi, des infirmiers de bonne volonté montant au créneau, interpelant les médias, les pouvoirs politiques et les alerter sur l’état des lieux de notre profession.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale, j’ai quarante‐cinq ans et
quinze ans après mon installation, je sais qu’il me reste encore trente ans à tenir ce rythme. Encore trente ans à tenir ce rythme. Trente ans à se lever à 5h00 du matin été comme hiver. Trente ans à travailler 15 heures par jour quasiment 7 jours sur 7. Trente ans à conduire des dizaines de kilomètres par jour de jour comme de nuit. Trente ans à monter et descendre des centaines de marches. Trente ans à porter des patients lourds, dépendants et handicapés, seule, à la seule force de mes bras. Trente ans à travailler dans l’ombre, obstinément. Après avoir passé ma vie à prendre soin des autres, qui prendra soin de moi.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale et dans trente ans, j’aurai soixante‐quinze ans. Aurais‐je accès à un système de santé efficace et performant ? Dans trente ans, la pension de retraite que me reversera la Carpimko me permettra‐t‐elle de vivre dignement et d’avoir accès aux soins dont j’aurai besoin ? Dans trente ans, l’hôpital public existera‐t‐il encore ou aura‐t‐il laissé place à une médecine privée et chère ? Dans trente ans, il sera trop tard pour agir. Il est certain que je trouverai une solution pour ne pas avoir à vivre les trente prochaines années de ma vie professionnelle de cette façon. Comme beaucoup.
Je suis Lou, je suis infirmière libérale et je veux que les choses changent. C’est aujourd’hui que notre profession doit être soutenue, reconnue, et respectée. Protéger et préserver les soignants est essentiel. Simplement pour que notre système de santé reste performant et accessible à tous, aujourd’hui et pour les générations futures. 

Peggy, infirmière libérale et auteur de « les petites
histoires de Mlle Peggy »
https://www.facebook.com/Les‐petites‐histoires‐de‐Mlle‐Peggy‐563008933815238/?fref=ts

► Je m’appelle Charline, mais on s’en fiche pas mal. 
On s’en fiche parce qu’au final, je pourrais être ta fille, ta femme, ta pote, ta voisine ou cette autre qui tient cette aiguille plantée au pli de ton coude. Je suis Charline et je suis infirmière. Mais ça, on s’en fiche pas mal. Je suis Charline et je suis infirmière libérale mais je pourrais être l’infirmière qui t’accueille aux urgences, celle qui soigne ton tout‐petit en pédiatrie, celle qui soigne ton vieux en gériatrie. Celle qui s’occupera de toi à ton réveil de chirurgie, celle qui tiendra la main de celui qui s’endort, que tu aimes et que tu as tellement de peine à voir mourir… 
Je suis celle qui tient les pinces, les aiguilles et qui te touche de ses mains gantées de latex blanc en continuant de te sourire alors que tu auras perdu le tien.
Je suis infirmière, une parmi 600 000 en France et on s’en fiche pas mal… On s’en fiche parce qu’aujourd’hui, en France, quand nous, les soignants, sommes dans la rue au lieu d’arpenter les couloirs de nos services de soins, nous devons faire face au silence des médias, de l’État et des institutions qui nous embauchent. On s’en fiche, car j’ai l’impression que tout le monde se rattache à cette image de nonne qui nous colle à la couenne. A cette cornette qui aujourd’hui me gratte la tête, capable de soigner malgré tout, malgré le pire, malgré les conditions de travail qui aujourd’hui nous font mourir. Les récents suicides d’infirmiers en sont la preuve, aujourd’hui on meurt parfois de vous soigner. 
Mais on s’en fiche pas mal car il y aura toujours des infirmières pour remplacer celles qui se tuent, celles qui s’arrêtent, celles qui s’épuisent, pas vrai ? Enfin ça, c’est peut‐être ce que tu te dis, toi qui est en train de me lire. Mais il est une réalité que tu ne perçois peut‐être pas alors que tu es couché sous les draps sentant le désinfectant de l’hôpital qui t’accueille, alors que tu râles en attendant ton tour aux urgences, alors que tu pestes devant la libérale arrivée encore une fois en retard : la santé française est malade et les soignants sont en souffrance de devoir se battre à conjuguer santé et rentabilité en vue de combler le sacrosaint trou de la sécu que l’État s’évertue à combler en y jetant les blouses blanches et la qualité de tes soins. La santé de tous est en danger, sans moyens pour mieux vous soigner et sans vous à nos côtés, ce sont vos soignants et votre santé que vous condamnez !

Charline, infirmière libérale et auteur du blog « C’est
l’infirmière ! Brèves et chroniques d’une infirmière
rurale » 
http://cestlinfirmiere.blogspot.com/

A tous les membres du gouvernement : Nous sommes aujourd'hui environ 600 000 infirmiers en souffrance, 600 000 infirmiers maltraités, 600 000 infirmiers qui n'attendent que votre soutien. Aux patients, aux familles, à tous ceux qui, un jour ou l'autre, auront besoin d'un infirmier : Nous avons plus que jamais besoin de vous pour préserver la qualité de nos soins. Nous avons besoin de vos voix pour nous faire entendre. 
A toi qui lis ce manifeste : Nous avons besoin de ta signature pour enfin être entendus !".

Corinne, Myriam, Peggy, Charline, quatre infirmières parmi 600 000 

C'est ici :

 https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono/?cdIIihb&utm_source=sharetools&utm_medium=copy&utm_campaign=petition-406933-Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono&utm_term=dIIihb%2Bfr