Mlle Peggy,Infirmière

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94, France
Mes patients m'appellent souvent Mlle Peggy ,c'est une façon pour eux d'établir une proximité sans pour autant être trop familiers,une sorte de formule "intermédiaire" entre le tutoiement et le vouvoiement,qui leur convient et que je trouve charmante.Vous l'aurez donc compris ,mon quotidien est de soigner les corps et les âmes,"les petites histoires de Mlle Peggy" sont des brèves de vies,qui vous feront rire,parfois pleurer,souvent réfléchir,enfin qui vous laisseront rarement indifférents,je pense. Ah j'ai oublié de vous dire mais vous avez du le deviner:je suis infirmière,et je pratique mon art à domicile,en petite banlieue parisienne.Je tiens à préciser que par souçi du respect du secret médical auquel je suis soumise,les lieux,les identités des patients et leurs familles,les pathologies sont modifiés,et les faits sont romancés. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé est purement fortuite. Bonne lecture!!!

lundi 30 septembre 2019

Crimée

Ce soir en rentrant d’un congrès infirmier , j’ai remonté la rue de Crimée située à Paris dans le 19 eme arrondissement pour prendre le métro.
« Crimée » une rue que j’avais enfoui aux tréfonds de ma mémoire, presque oubliée tellement elle m’a marqué.
Au rythme de ma promenade les souvenirs refont surface .
Le bruit des portes que l’on ferme, les pleurs d’enfants , les éclats de voix féminins.
Car dans le « Crimée » de mes réminiscences, il n’y avait que des femmes et des petits enfants.
Les larmes étouffées reviennent à ma mémoire .
Et puis peut être le pire, les coups violents certains soirs sur la lourde porte d’accueil fermée après 21h00 accompagnés de hurlements de désespoir, de douleurs, les cris de derniers recours .
J’avais relégué tout cela au plus profond de mes souvenirs .
Y compris La porte que l’on ouvre après avoir vérifié à travers le judas que la personne à l’extérieur est réellement en danger .

Comment ne pourrait elle pas l’être pour en arriver à de telles extrémités?

Ce n’est pas la première fois qu’elle vient mais ce soir, il l’a battue plus violemment que les autres jours, elle a du mal à marcher mais a suffisamment de forces pour porter son bébé qui s’agrippe à elle de toute ses forces , terrorisé lui aussi .
« Crimée » est un refuge de quelques heures, un répit de quelques jours, un sas de survie .

Au moment précis où elle y entre tremblante , le visage tuméfiée par les coups reçus , il n’y a pas d’avenir envisageable, pas d’espoir d’un futur meilleur, juste une pause de quelques heures .
Le lendemain ou le surlendemain elle repartira son enfant sur le ventre vers un ailleurs bien sombre sans promesses mais avec la certitude qu’elle ne reverra certainement jamais « Crimée » .
Comment ai je pu effacer ces 123 femmes que j’ai côtoyé durant plusieurs semaines , hébergées pour violences et mises en danger vital ?
J’y suis.
Je m’arrête devant cette porte qui semble avoir changé mais qui est restée la même .
J’observe le bâtiment, et si je sonnais pour y entrer de nouveau  et dire tout simplement :
« J’ai travaillé ici il y a 20 ans est ce toujours aussi difficile ? Avez vous plus de moyens humains et matériels ? Y a t’il des solutions de sorties pérennes ? »
Il me prendrait certainement pour une folle , j’en suis persuadée. Ou peut être pas ...

C’était il y a 20 ans  et le temps n’exonère pas l’oubli.

J’arrive au bout de la rue de Crimée et je descends dans la bouche béante du métro bouleversée par mes souvenirs mais surtout attristée par ma propre indifférence coupable .

Hier a eu lieu le 108 ieme feminicide depuis le depuis de l’année 2019.

Pax.



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