Mlle Peggy,Infirmière

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94, France
Mes patients m'appellent souvent Mlle Peggy ,c'est une façon pour eux d'établir une proximité sans pour autant être trop familiers,une sorte de formule "intermédiaire" entre le tutoiement et le vouvoiement,qui leur convient et que je trouve charmante.Vous l'aurez donc compris ,mon quotidien est de soigner les corps et les âmes,"les petites histoires de Mlle Peggy" sont des brèves de vies,qui vous feront rire,parfois pleurer,souvent réfléchir,enfin qui vous laisseront rarement indifférents,je pense. Ah j'ai oublié de vous dire mais vous avez du le deviner:je suis infirmière,et je pratique mon art à domicile,en petite banlieue parisienne.Je tiens à préciser que par souçi du respect du secret médical auquel je suis soumise,les lieux,les identités des patients et leurs familles,les pathologies sont modifiés,et les faits sont romancés. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé est purement fortuite. Bonne lecture!!!

lundi 16 juin 2014

Dommages collatéraux.



Mr K. vit avec sa femme dans un appartement situé au 6ème étage d’un immeuble cossu, dans un quartier résidentiel. Je suis devenue « leur infirmière » depuis maintenant deux ans,  à raison de deux passages par jour et j’apprends chaque jour un peu plus quelle a été leur existence.

Et quelle vie !!!

Ils ont traversé le 20ème siècle au rythme des guerres, des privations, de la peur, de la perte des êtres chers, de la souffrance, de la douleur, ils ont connu la jeunesse, la fleur de l’âge, les périodes prospères, la réussite professionnelle, les naissances de leurs cinq enfants, des mariages, des départs, l’arrivée des petits –enfants, la vieillesse, et puis aujourd’hui, la fin de cette grande aventure qui est arrivé si vite….

94 ans et toujours main dans la main.

Mr et Me K se rencontrent  en 1936, ils ont 16 ans et fréquentent le même lycée. Issus tous les deux d’un milieu modeste, ils vivent dans le quartier de la République à  Paris. Le père de Mr K est tailleur et travaille dans un petit atelier non loin de chez l’appartement familial. Sa mère reste au foyer pour s’occuper des quatre enfants et fait des ménages quand les fins de mois sont difficiles. Quant aux parents de Me K, ils sont employés à la mairie du 11ème arrondissement, sa fille est plus douce car elle est fille unique.

Leur prime jeunesse se passe dans l’insouciance et la joie de vivre ensemble, 1939 va sonner la fin de cette période heureuse, Mr et Me K sont juifs, ils ont 19 ans, six années de clandestinité et de grande difficulté vont suivre.

Très vite ils s’engagent dans la résistance, et ils rejoignent le réseau de Jean Moulin.
Ils sont actifs, ils prennent des risquent,  ils ont l’insouciance et le courage de leurs vingt ans.
Les deux familles vont souffrir car il y aura des séparations, Mr K va perdre un de ses frères, mais les deux familles survivront au marasme de la guerre.

Ils se marient en  décembre  1946 entourés de leurs parents et des frères et sœurs de Mr K, dix ans après leur rencontre un soir de 14 juillet.

Leur vie va suivre, cinq enfants, des joies, des peines, mais ils ne se quitteront jamais.

Aujourd’hui Mr K est seule, sa femme adorée souffre de la maladie d’Alzheimer, elle est donc présente physiquement mais complètement absente autrement.

Ils m’attendent tous les jours, le matin à partir de 9 heures et le soir à 19 heures.
Mes passages sont les rituels qui ponctuent le début et la fin de leurs journées.
En revanche, ils ne reçoivent personne d’autre.

Les enfants sont tous très occupés professionnellement, ils téléphonent à leurs parents une fois par semaine pour « prendre des nouvelles », promettent de « passer  bientôt » mais ils ne viennent jamais.
C’est certainement trop difficile pour eux de constater l’altération de l’état de leurs parents, la fuite et l’évitement sont des formes de protection….

Pas un jour ne passe sans que Mr K. ne me raconte  un peu plus de sa vie.

 Il est un livre ouvert, dans tous les domaines de la Vie : l’Amour, le Travail, l’Education, la Tolérance, l’Abnégation, le Courage, la Lâcheté aussi, la Haine, le Rejet de l’Autre, il m’estime,  il m’élève et m’enrichit, j’ai l’impression de fréquenter un sage bienveillant et protecteur.

Il est le passé, je suis le lien qui le maintient dans le présent.

Pourtant, Mr k est fatigué et demande de l’aide à ses enfants depuis plusieurs semaines maintenant.

Me K est de plus en plus difficile à gérer, les violences sont quotidiennes, son époux souffre mais il s’oppose radicalement au placement en institution.
Il souhaite que les enfants s’investissent d’avantage dans la prise en charge de leur mère et l’épaulent  pour mettre en  place une stratégie de maintien à domicile efficace.

Dix ans déjà qu’il prend soin d'elle jour et nuit.

Ce soir, il est préoccupé, ses enfants doivent arriver d’une minute à l’autre, ensemble, ils prendront une décision.

Mr K. m’avoue ne pas être très optimiste pour la suite car il a l’impression que ses enfants ne se rendent pas compte des difficultés rencontrées au quotidien.

Nous discutons et au moment de le quitter, il m’interpelle, il rechausse  la monture doré de ses lunettes rondes, ses yeux bleus clairs d’habitude si rieurs sont sombres, il me fixe du regard :

« Peggy, attendez un instant, connaissez-vous un notaire sérieux ? »

« Non, pas vraiment ! »

« Ce n’est pas grave mon petit, rentrez chez vous et  reposez-vous, je compte sur vous demain matin ! »

« Vous pouvez !!!Bonne soirée Monsieur, à demain ! »

« C’est ça, à demain…. »

Je suis perplexe, je regarde cet homme âgé se lever avec difficulté.

Il est vouté, le pas mal assuré, sa canne lui échappe et tombe bruyamment sur le parquet. Il essaye de se baisser pour la ramasser et soudainement j’éprouve un sentiment  de gêne en voyant cet homme usé, ne pas se résigner. J’interviens et je la lui ramasse en prétextant sur le ton de l’humour la politesse de l’âge. Il n’est pas dupe mais il est touché par le geste, il me sourit tristement et je le quitte.

Le lendemain matin, la journée est douce et printanière.

Je commence très tôt quand la ville est encore endormie, je croise  ceux que j’appelle « les travailleurs  décalés », c’est-à-dire tous ceux qui travaillent « hors normes » en terme d’horaires.

Les éboueurs, les livreurs, les gens qui terminent leur nuit de labeur et rentrent chez eux au moment où le commun des mortels se lève pour se préparer à aller travailler, tous mes frères d’armes reconnaissables à leurs caducées fixés aux pare-brise : préleveurs de laboratoires, kinés, auxiliaires de vie, aide-soignant, infirmières, médecins sont de la partie, nous sommes dans un monde intermédiaire quelques instants durant.

Ma montre affiche neuf heures, j’arrive chez Mr K.

Je réfléchis au soin que j’ai à réaliser chez le patient suivant car c’est un acte douloureux et j’aimerai que ça se déroule de la façon la plus sereine possible pour le malade.

J’arrive dans le hall de l’immeuble de Mr K. et je croise comme tous les matins une dame âgée qui vit au rez de chaussée, éternellement en robe de chambre qui semble plus désorientée qu’à l’accoutumée.

Elle s’approche de moi et me dit en chuchotant :

« Je viens de le voir tomber, on va avoir du mal à le récupérer !!! »

Et elle rentre chez elle en claquant la porte.

Je me mets à penser qu’il faudrait vraiment que quelqu’un s’occupe de cette pauvre femme avant qu’il lui arrive quelque chose de grave…

Je sonne à l’interphone :

« Oui ? » 

Surprise, je reconnais la voix de Me K. qui ne répond jamais  aux appels.

« C’est Peggy, l’infirmière… »

Le clic caractéristique qui déverrouille  la porte se fait entendre.
Perplexe, je monte dans l’ascenseur et j’appuie sur le 6ème étage.
Pourquoi est ce Me K. qui a répondu ????
J’y suis, je frappe, Me K. m’ouvre, seule.
Mon rythme cardiaque commence à s’accélérer.

« Bonjour Madame, comment allez-vous ? »

« Ca va je vous remercie mais qui êtes- vous ? »

« Ou est votre mari Madame, laissez-moi entrer ! »

Je réfléchis  à toute allure et je commence à remettre les pièces du puzzle en place, c’est évident maintenant, non ce n’est pas possible...

« Mr K.OU ETES VOUS ? »

Silence.

La cuisine sur ma gauche je pousse la porte lentement, le petit déjeuner de Me K. est dressé sur la table, le café est fumant.

Depuis plus de cinquante, Mr K. mettait un point d’honneur à préparer le petit déjeuner de la famille puis de sa femme….

Elle me suit et me dit :
« Faut pas rester là ma petite dame, je dois aller travailler et mes enfants sortent à 16h ! »
Je l’entends   à peine, ma tête bourdonne.

Je suis le long couloir qui mène à leur chambre, la porte est fermée, je reste quelques secondes immobile puis j’appuie sur la clenche et je pousse la porte…

Le lit est fait, une chaise se trouve devant la fenêtre fermée, des chaussures sont posées au pied du lit.

La voix de la voisine résonne soudain dans ma tête:

« Je viens de le voir tomber, on va avoir du mal à le reconstituer ! »

Je me retourne vers cette femme âgée au regard hagard, elle est apeurée.

Je m’approche d’elle lentement et je lui demande doucement :

« Me K., dite moi, avez-vous fermé la fenêtre ? »

« Oh oui alors que je l’ai fermé, il fait froid ! »

Je m’approche de la baie vitrée, je l’ouvre, et je me penche pour voir 6 étages plus bas le corps de Mr K. gisant sur le sol.

Je m’assois, je comprends tout, le notaire et tout le reste.

Le coup de fil de la veille pour me dire que la réunion de famille n’avait rien donné et que ses enfants lui avait demandé « de tenir le coup encore un peu », ses adieux appuyés à force de « prenez soin de vous », et « ça me rassure de savoir que vous êtes là »….

J’ai la tête qui tourne.

Malgré le coté dramatique de la situation, je dois être pragmatique et réagir rapidement.

J’appelle les pompiers.

J’appelle la police.

J’appelle la famille.

J’appelle le rabbin.

A chacun, je dois expliquer ce qui s’est passé.

Me K. s’est installé dans son fauteuil et regarde « Amour, Gloire et Beauté » avec un casque audio.

J’ai besoin de boire, je vais dans la cuisine pour me servir un verre d’eau, lorsque je repose le verre sur table, je remarque une feuille blanche sur laquelle je lis :

« Peggy c’est trop difficile pour moi, merci pour vos bons soins, vous avez été un soutien formidable, ne changez pas, bien à vous Jean K. »

J’entends les sirènes de la police, je déglutis avec difficulté tant l’émotion est forte.

Un quart d’heure plus tard, après l’interrogatoire réglementaire, la police me demande de les accompagner pour faire la reconnaissance du corps.

Les pompiers sont présents.

L’un deux s’approche de moi et tente de me rassurer en me disant que ça va être rapide.
Il met sa main sur mon épaule et nous nous avançons lentement vers ce qui ressemble de loin à un corps couché recroquevillé.

Nous sommes maintenant  à trois mètres  environ du corps recouvert d’un drap blanc.

Le pompier continue de me parler doucement.

Nous y sommes.

Le sapeur me demande si je suis prête, je hoche la tête, il soulève le drap….

Seul le corps est reconnaissable car la boite crânienne a  explosé lors de l’impact au sol.

Les lunettes cerclées à quelques mètres, sa monte, son costume marron…..

« C’est bien Mr K »

48 heures plus tard, la famille enterrera  Mr K., son épouse demandera à la fin de la cérémonie, après plus un demi-siècle de vie commune :

« Mais est qui mort ? »

« Jean K. »

« Ah et je le connaissais ? »

Me K. a été placée en institution par ses enfants 8 jours après le décès de son époux.   
                       
Elle y est décédée 6 semaines plus tard.





mercredi 4 juin 2014

Mr Smith et Mrs Smith

Décembre 2011

Ce matin, je vais prendre en charge un nouveau patient atteint d'hémochromatose. Le soin consiste à  décharger l’organisme en fer en « saignant » le patient. 
C’est un soin peu connu du grand public et qui imagine qu'il n’est plus pratiqué depuis des siècles.

J’arrive donc devant une splendide demeure avec piscine et cours de tennis sur un immense terrain.

Un monsieur septuagénaire m’accueille souriant et agréable et me fait entrer chez lui.

La maison est grande et nous traversons plusieurs pièces avant d’arriver dans un petit salon dans lequel va se dérouler le soin.

Mr Smith est un homme vif et nerveux qui a du mal à tenir en place.

Je lui explique le déroulement du soin en lui précisant qu’il va falloir qu’il reste allongé et calme pendant une bonne demi-heure.

Il ne semble pas d’accord et me dit qu’il se sent en pleine forme.

Une femme passe dans le couloir qui longe la pièce où nous sommes et je l’entends grogner :

« Pour être en forme t’es en forme, vieux con !!! »

Un peu surprise, je regarde Mr Smith d’un air interrogateur qui me dit :

« Ne faites pas attention, c’est ma pauvre femme, elle est un peu tendue en ce moment !!! »

Je commence à préparer mon matériel dans une ambiance un peu particulière, entre Me Smith dans la pièce voisine qui semble déménager les meubles et casser tout ce qui est possible de briser dans la maison et Mr Smith qui semble ne rien entendre.

Je demande à mon patient de s’allonger, je mesure sa tension, et je lui explique que je vais poser une perfusion qui sera reliée à un redon, sorte de bocal hermétique qui va aspirer le sang lentement.

Il est assez agité mais sa pression artérielle est bonne. Je pose le cathéter et je lui demande si ce n’est pas douloureux, il me répond que tout va bien.

A cet instant précis sa femme hurle depuis la pièce voisine :

« Piquez le ça me rendra service qu’il crève !!! »

Je me fige sur place. Qu’est-ce que c’est que cette maison de fous ???

Il sourit et me dit :

« Ne vous inquiétez pas, elle est méchante mais pas dangereuse !!! »

Je ne sais pas si je suis rassurée pour autant mais il faut que je termine ce soin pour pouvoir laisser Mr et Mrs Smith s’étriper entre eux.

La saignée commence et je dis à Mr Smith qu’il ne doit plus bouger et rester calme jusqu’à la fin du soin.

Il me répond avec un petit clin d’œil en douce :

« Oh vous savez, je suis encore bien vert, je suis plein de ressources insoupçonnées… »  

Je commence vraiment à être mal à l’aise mais je ne peux pas accélérer le soin.

Je feins de n’avoir rien entendu et je ne réponds pas.

Il attaque à nouveau :

« Voulez-vous que je vous dise pourquoi elle est en colère ? »

« Euh, je crois que non…. »

« Allez je vais vous le dire ça ne me dérange pas .Je reviens d’un charmant  week-end à Barcelone avec une petite espagnole de 60 ans qui n’avait pas froid aux yeux….ni au reste d’ailleurs !!! »

Il éclate de rire à l’évocation de ces quelques jours qui furent à priori délicieux….

Je déglutis difficilement ne sachant quoi répondre lorsque sa femme entre dans la pièce comme une furie en éructant :

« Tu lui racontes quoi là ? Tes exploits de la semaine dernière ??? »

J’imagine déjà le titre du Parisien du lendemain « Drame passionnel dans le val de marne : une infirmière et son patient retrouvés morts hier après-midi…. »

Mr Smith calme :

« Je n’y peux rien moi si Jean est mort et que tu n’as pas pu prendre du bon temps ce week-end, je n’allais quand même pas annuler mes vacances sous prétexte que ton amant est mort !!! »

Alors là, j’aurais tout vu et tout entendu.

Pour un soin qui devait se dérouler calmement, on peut dire sans exagérer que c’est raté !

« Tu es le pire des salauds !!! »

Me Smith quitte la pièce en claquant la porte, sort dans le jardin, démarre la voiture et part en trombe.

La saignée se termine et Mr Smith semble tout à fait serein, comme si rien ne s’était passé.

« Je vous rappelle ou nous fixons la date du prochain rendez-vous aujourd’hui ? »

« Ecoutez rappelez-moi, nous avons trois semaines devant nous. »

« Très bien, ravi d’avoir fait votre connaissance Mlle Peggy ! »






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Tout le monde peut se tromper!!!


 Voilà déjà quelques jours que je soigne Mlle Barbie qui se déplace au cabinet tous les jours.

C’est une jeune femme blonde platine, d’une quarantaine d’années, de taille moyenne, un peu ronde, qui aime se maquiller de façon soutenue.

Mlle Barbie est une « modeuse » qui affirme haut et fort qu’elle adore mettre un peu d’excentricité dans sa vie, son âge lui importe peu, l’important pour elle est de se sentir à l’aise et féminine lorsqu’elle s’habille pour sortir. Elle porte souvent des tenues sexy à la limite du mauvais gout. 

C’est donc un personnage haut en couleurs, assez désinhibé, à l’accent gouailleur, qui n’hésite pas à dire ce qu’elle pense au moment où elle le pense, peu importe le contenu de sa réflexion…

Vous l’aurez compris, mes rencontres avec Mlle Barbie sont riches en émotions car elle se livre, sans aucune retenue.

Hier Mlle Barbie était en colère car une de ses collègues est à nouveau en arrêt maladie.
Elle se retrouve donc avec une surcharge de travail importante ce qui lui déplaît fortement car sa partenaire de bureau est coutumière du fait : à chaque accroissement d’activité, elle tombe malade durant huit jours.

Je l’écoute durant le soin et j’essaye de la réconforter, sans succès car sa colère est intense. 

Malgré ses soucis de santé, elle continue d’aller travailler pour ne pas mettre son employeur en difficulté donc elle n’arrive pas à comprendre l’attitude désinvolte des autres employés.

L’orage finit finalement par passer et elle repart apaisée et heureuse d’aller à son rendez-vous avec sa manucure qui lui  a trouvé  « un vernis  rose bonbon à la Miley Cirus ! »

Depuis deux jours maintenant, Mlle Barbie vient à nos rendez-vous  accompagnée  d’un jeune garçon âgé peut être de 17 ans ,18 ans tout au plus.

Quelle ne fut pas ma surprise aujourd’hui en la voyant arriver vêtue d’ une chemise en dentelle transparente  noire, très moulante ,d’une jupe rose excessivement courte et de bottes noires en vinyle à talons hauts, et maquillé comme une voiture volée mais non recherchée.

Elle est radieuse.

En revanche, le jeune homme qui l’accompagne est très réservé, il parle peu et rougit intensément dès que je lui adresse la parole. Il se montre très attentionné à l’égard de Mlle Barbie, qui semble ravie d’être en sa compagnie.

Nous discutons et en voyant la complicité de leur relation, je demande à Mlle Barbie :

« C’est votre fils unique  ou vous avez d’autres enfants ??? »

A peine ai-je finis de poser ma question que je réalise l’erreur impardonnable que je viens de commettre….

« Fils unique ? Comment ça fils unique ???Vous pensez que Kévin est mon fils ???
T’entends ca Kévin ? Elle pense que t’es mon fils !!! »

Je suis en train de vivre un moment de solitude mémorable.

Mlle Barbie est hors d’elle :

« Non,  mais c’est une blague ? Vous avez vraiment pensé que c’était mon fils ?
 Il est plus jeune que moi certes, mais on m’a toujours dit que je ne faisais pas mon âge !!! On s’est rencontré au boulot, il était mon stagiaire, je l’ai formé et on a appris à s’apprécier, c’est mon homme maintenant !!! »

« Oui, oui je comprends, veuillez pardonner ma maladresse, vous me sembliez jeune pour avoir un fils de cet âge…. »

Je suis confuse et Kevin est écarlate ce qui accentue son air juvénile.

« Ah ben quand même, vous m’avez fait peur là, il va sur ses 19 ans quand même, c’est plus un gamin !!! »

« Ah oui….quand même ! »

« Et puis moi les gosses, ça m’a jamais tenté, quand je vois mes amies autour  de moi je me dis que c’est plus d’emmerdes qu’autre chose !!! »

« C’est sur…. »

« Bon, on y va Kevin, on a encore des courses à faire. A demain 17 h00 c’est ça? »

«  À demain 17h00, au revoir Monsieur,  au revoir Mademoiselle »

« Eh puis détendez-vous, y’a pas mort d’hommes, tout le monde peut se tromper !!!! »









samedi 17 mai 2014

Histoire courte:les bonbons

Au cabinet médical, j'ai toujours un bol rempli de chocolats ou de bonbons (selon mes envies et les cadeaux de patients!!!) à disposition de ceux qui les aiment, posé sur mon bureau.

En cas de malaise hypoglycémique, c'est pratique on a du sucre sous la main et en cas de désirs violent de gourmandises aussi.

Ce matin un patient relativement près de ses sous me dit :

"C'est bien gentil ces petits chocolats que vous achetez pour nous"

Je lui réponds que ce sont souvent les patients qui me les offrent.

Lui, incrédule:

"Ah bon ? Et pourquoi font ils ça???"

"Et bien peut-être par reconnaissance ou simplement par gentillesse?"

Il me répond un tantinet agacé:

"Ben je préfère vous le dire tout de suite, ça n'est mon genre!!!"

vendredi 16 mai 2014

Ma petite histoire.

On me demande souvent quelles ont été les raisons qui m’ont poussé à choisir le métier d’infirmière.

Longtemps je n’ai pas su répondre, je savais juste que ce n’était pas une  « vocation » au sens strict du terme, dans la mesure où je considère que nous exerçons un métier qui exige un savoir-faire et un savoir être très spécifiques, une rigueur professionnelle sans failles qui relèvent d’une « profession » et non seulement d’une mission ou d’un appel.

Il n’est pas rare que les patients nous disent : « il faut vraiment avoir une vocation pour faire ce que vous faites ! »

J’ai souvent envie de répondre qu’il vaut mieux être solidement formé, motivé, rigoureux, sérieux, empathique, réactif, autonome, précis, entouré, soutenu, curieux, courageux, cette liste n’étant évidemment pas exhaustive, mais je n’ose pas car ils ne comprendraient pas, exercer un ministère est pour le commun de mortel une mission valorisante….

Les années sont passées, et je pense maintenant connaitre les origines de mon choix.

En réalité, mon père était un soignant d’une qualité exceptionnelle, reconnu par ses pairs et par l’Institution.

Son enterrement fut très émouvant, car les témoignages d’affection et de respect venant de la part de professionnels de santé mais aussi des patients et de leurs familles furent nombreux.

Ce jour-là, des véhicules du SAMU se sont déplacés, chefs de service, infirmiers, aides-soignants, cadres en blouses blanches lui ont rendu hommage en formant une haie d’honneur et en portant le cercueil ensemble une dernière fois.

Sa carrière hospitalière fut brillante, il aura été au service de l’humain, chaque jour, durant 40 ans, convaincu de son utilité malgré un exercice difficile et violent.

L’urgence, le SAMU, « la réa chir », « la réa polyvalente », « la neuro chir », seront ses champs de bataille, il y sera confronté au meilleur comme au pire, à l’indicible…

Il parlait peu, ne racontait pas les difficultés et pourtant, alors que j’étais tout jeune enfant, je devinais sa peine certains soirs, lorsqu’il rentrait de longues gardes interminables, de 72 heures parfois.
Son visage était marqué d’une fatigue intense, les yeux rougis par les larmes très certainement versées.

Je ne savais pas, je soupçonnais la souffrance mais je ne la connaissais pas.

Il partait souvent, brutalement, après un coup de fil et il restait longtemps à l’hôpital.

« Je suis de garde » ,« Papa est de Garde » ,cette « garde » était pour moi synonyme d’absence mais je ne savais pas ce qu’il y faisait, si bien que j’ai très tôt décidé de dire à l’école, à qui voulait bien l’entendre que mon père était explorateur, ce qui expliquait ses mystérieuses et si longues absences.

Avec le recul, je n’avais pas tort, c’était un explorateur !!!!

Quand j’ai enfin compris comment il occupait ses jours et ses nuits,  mon père est devenu mon héros, il  est le premier soignant que j’ai admiré.

Ses méthodes d’éducation étaient basées sur la communication et la transmission.

Les débats sur les Grandes Questions étaient légions à la maison, souvent enflammés, tout y passait le racisme, l’intolérance, l’acharnement thérapeutique, le terrorisme, l’indifférence, les conflits politiques, le sexisme et j’en passe…

Et puis un jour, il nous a réuni et nous a fait regarder un feuilleton des années 70 qui relatait l’histoire d’un esclave noir qui lutte pour obtenir sa liberté,  « Racine », le choc est violent.

Plus tard, il n’hésitera pas à nous montrer « Holocauste », une série qui relate l’histoire d’une famille juive durant la seconde guerre mondiale.

La méthode était radicale.

Elle a été efficace.

Il nous a enseigné que l’Humanité était sans doute le meilleur choix que nous puissions faire.

Ses trois enfants sont devenus soignants.

Octobre 1999, mon père choisit de mourir épuisé par la maladie.

Septembre 2001

Je travaille dans un service de maladies infectieuses, 100% de malades du SIDA, en phase terminale, 100% de décès.

Une équipe difficile, un vécu professionnel tout aussi pénible…

Je rentre à la maison et j’allume machinalement la télévision.

Le son est coupé.

Je m’assois en soupirant, je regarde l’écran silencieux, à cet instant précis, les images qui suivront vont marquer ma vie et celles de millions de personnes, à tout jamais.

Le premier avion percute la première tour, je m’assois lentement, je n’ose pas réaliser, et pourtant…. 

Le second appareil entre dans le champ de l’image, je prends la télécommande et je monte progressivement le son du téléviseur, deuxième choc, je ne peux m’empêcher de porter ma main sur ma bouche et j’étouffe un cri…

Nous sommes le 11 septembre 2001.

Ce jour-là, des centaines de familles d’innocents vont être déchirées, des sauveteurs en tous genres  vont mourir en secourant des milliers victimes.

Mes larmes coulent, une tristesse immense m’étreint, je ne connais pourtant pas ces gens qui courent affolés, terrorisés, brisés, mon père avait raison il y a l’humain et la barbarie à visage humain.

Depuis, j’ai compris son message.

La maladie est une espèce de terroriste fanatique.

Elle frappe n’importe qui, à tous les âges, tous les milieux, l’objectif est de ratisser large…

Elle utilise souvent une artillerie lourde en vue d’une destruction massive, tue en quelques semaines, quelques mois, détruit des familles, abrégé des histoires…

Exactement comme face au terrorisme, Chacun d’entre Nous est une cible potentielle.

Cette date a marqué chacun d’entre nous, tout le monde se souvient de ce qu’il faisait au moment de cette catastrophe.

Le « 11 septembre »,en regardant l'impensable encore une fois, j’ai su que je soignerais toujours, envers et contre tout.

A ce titre, je suis devenue un petit soldat du "prendre soin", j’utilise les moyens qui me sont donnés pour aider les victimes, au-delà de la maîtrise des gestes et de la technicité, l’empathie et l’humanité sont mes meilleurs armes.

A mon père, un héros parmi tant d'autres.







mardi 13 mai 2014

Bienvenue chez les fous!!!!




Février 2010

Cela fait déjà trois mois que j’ai accepté de prendre en charge un couple peu ordinaire puisqu'il s’agit de la mère et de la fille.

Evidemment, lorsque la famille m’a contacté à la fin de l’année dernière, elle a volontairement omis de préciser quelques détails concernant ces deux patientes.

Je vais donc vous expliquer la situation.

Un matin la fille aînée de Me Amsterdam me téléphone et me demande s’il est possible que je prenne en charge sa mère et sa sœur vivant ensemble pour gérer la bonne observance de leurs traitements respectifs, et réaliser des pansements.

Cette dame est plutôt volubile et me présente sa famille.

Me Amsterdam est Hollandaise et vit en France depuis 1950.Elle a épousé un Français en 1955  et  le couple a eu trois enfants. Elle est âgée de 85 ans et vit dans un petit appartement avec sa plus jeune fille, Ernestine.

La famille a vécu confortablement au gré des mutations de Mr Amsterdam, un diplomate très occupé par ses fonctions professionnelles.
Les enfants ont grandi, les deux ainés ont quitté la maison familiale depuis bien longtemps, Ernestine est restée près de ses parents car elle ne « pouvait » pas s’éloigner d’eux.
Je n’en saurais pas plus pour le moment, je fixe donc un premier rendez-vous quelques jours plus tard.

La fille aînée me précise qu’elle vit en province et qu’elle ne sera pas là pour me rencontrer en revanche, elle m’assure qu’elle prévient sa mère et sa sœur qui seront là sans faute, « c’est promis ! »

J’arrive donc comme convenu le samedi matin devant une maison bourgeoise de la fin du 19ème siècle qui semble abandonnée. Les herbes sauvages ont envahis le jardin, les murs sont fissurés par endroits, les volets sont dépareillés, la grille du jardin est difficile à ouvrir et émet un grincement strident qui ferait fuir n’importe quelle personne mal intentionnée !!!
Une petite cloche est fixée sur le mur de l’entrée au-dessus de la boite aux lettres qui déborde de courriers….

Je rentre dans le jardin et un pressentiment particulier me pousse à ralentir le pas.

Me voilà devant la porte, je frappe timidement.

Pas de réponse.

Je tape un peu plus fort et là j’entends une voix de femme hurler :

« Tirez-vous j’vous dis, les flics sont là, tirez-vous !!! »

Je me fige sur place et je déglutis avec difficulté.

Je décide  de rentrer, advienne que pourra….

Je pousse la porte entrouverte et là je découvre un intérieur sombre et poussiéreux, je suis surtout saisie par une forte odeur de renfermé.
J’avance doucement, et j’aperçois une double porte devant moi qui dessert certainement un salon.

Je frappe.

« Qui est là ? »

La voix n’est pas la même que tout à l’heure, c’est une voix de dame âgée.

« C’est l’infirmière ! »

« L’infirmière ?veuillez entrer madame »

Je tourne la poignée de la porte et j’entre dans une grande pièce beaucoup trop meublée et très enfumée.

Je me mets à tousser, l’atmosphère est irrespirable, mes yeux se mettent à larmoyer, je commence à sentir une irritation au niveau de ma gorge ….
Je décide d’ouvrir une fenêtre donc j’avance vers le cote droit de la pièce, et je déverrouille une baie vitrée, je respire l’air frais qui s’engouffre dans la pièce avec soulagement.

Je me retourne et là, j’aperçois devant moi deux femmes assises dans des fauteuils type Napoléon qui me scrutent du regard.

Elles semblent grandes et fortes, les yeux très clairs, la plus jeune ressemble à s’y méprendre à Simone Signoret.

Elle me fixe sans ciller.

Je m’éclaircis la voix et je me présente :

« Bonjour, je m’appelle Peggy, je suis l’infirmière et nous avons rendez-vous ce matin pour faire connaissance ! »

Silence.

Même en étant à côté de la fenêtre ouverte, la fumée de cigarettes est vraiment insupportable, j’essaye d’inspirer discrètement un peu d’air frais.
Des dizaines de paquets de cigarettes vides jonchent le sol, Ernestine  ne semble pas les voir, deux grands bols remplis de mégots froids se trouvent sur une table basse devant elle.
Ses doigts sont jaunis par la nicotine, elle tient une cigarette qui se consume lentement dans sa main droite, la cendre ne va pas tarder à tomber sur elle.
Ses cheveux gris sont très longs et retombent en bataille sur ses épaules.
Elle porte une vieille chemise de nuit sale et déchirée.

Ernestine me regarde toujours fixement.

« Maria va aller en taule ! »

« Maria ? »

« Ouais, Maria. Vous travaillez avec elle ? »

« Non. Qui est Maria ? »

« C’est celle qui vient le matin, elle a piqué les clefs de la baraque, j’ai porté plainte. »

« Ah, vous êtes allé au commissariat ? »

 « Non je les ai appelé »

« Mais on ne peut pas porter plainte par téléphone… »

Ernestine éclate de rire en secouant la tête de gauche à droite.

Sa mère sourit. Qu’est-ce que c’est que cette maison de dingues… ?

« Ils sont là. »

« Là ? Ou donc ? »

« Mais là devant vous, vous les voyez bien bordel ! »

A ce moment précis elle me désigne deux chaises posées devant elle…..vides !

Et bien voila, bienvenue chez les fous!!!!










jeudi 8 mai 2014

Tout vient à point à qui sait attendre (Mr Asticot suite et fin)

Un an déjà que je soigne Mr Asticot.

Il y a des hauts et des bas mais dans l’ensemble je suis immergée dans la misère sociale mais aussi la détresse morale que vit cet homme quotidiennement.

Le temps passe et sa santé se détériore chaque jour un peu plus.

Insuffisant cardiaque il ne sort quasiment plus de chez lui, l’effort physique pour monter les trois étages est devenu trop rude.

Cet homme est en train de mourir.

Seul.

La journée s’annonce difficile pour moi, j’ai accompagné une de mes patientes  une partie de la nuit, elle est décédée ce matin.

Nous nous adorions.

Vraiment.

Elle avait quarante ans, deux  jeunes enfants, une femme brillante qui menait sa vie de working girl avec brio, elle remplissait son rôle de mère avec talent, elle était une femme attachante, drôle, intelligente, intransigeante, colérique, capricieuse, juste, aimante, elle était un peu chacun de nous.

Je suis restée près d’elle et de sa famille 4 mois, 16 semaines sans repos (les joies du libéral quand on n’a plus de remplaçante), le jour et la nuit, parfois jusqu’à 3 heures par jour.

Nous avons tout vécu ensemble :*

la joie,

l’espoir,

les faux espoirs,

 la désillusion,  

les larmes,

L’annonce de la gravité du diagnostic,

la chute des cheveux,

le choix de la perruque,

la promesse de continuer d’être ce que je suis quoiqu’il arrive,

la promesse demandée à ses proches de continuer leur vie, quoiqu’il arrive,

la perte de poids de 35 kg,

la déchéance,

la dernière fête, un samedi après-midi, avec les amies qu’elle n’a pas vu depuis longtemps,

les retrouvailles ultimes avec un père perdu de vue depuis 12 ans,

ses remords,

ceux des siens

ses regrets,

ceux des siens,

le choix du cimetière avec son mari,

le désespoir  de l’époux,

le désespoir des enfants,

le désespoir des grands parents qui ne croient à ce qui est en train de se jouer car « ils sont trop vieux » pour épauler leur fils et leurs petits-enfants,

le désespoir d’un père qui a perdu trop de temps,

les supplications pour ne pas « finir » à l’hôpital,

les derniers souffles,

les cris,

les larmes,

le silence.

Puis l’absence.

Elle est morte ce matin, je viens de perdre quelqu’un que j’aimais profondément, nous étions si proches, sur tous les plans...

Je ne peux plus rien pour elle, aussi injuste que cela puisse sembler.

Pourtant, je connaissais l’issue mais comment aurais-je pu imaginer que le temps passe si vite….

Il pleut, le ciel est gris et triste.

Je parle souvent du temps qui agit sur ma façon d’appréhender le soin, ma résistance pour faire face aux difficultés et  il influe réellement sur l’état du patient.

Bref, une sale journée.

J’essuie mes larmes entre chaque visite, et  j’essaye de ne rien laisser paraître de mon émotion au fil de la journée.

Et puis arrive le tour de Mr Asticot.

Il a passé une nuit difficile, il me dit qu’il n’en peut plus, il a des idées noires qu’il n’arrive même plus à garder pour lui.

Il pleure pendant toute la durée du soin.
Je ne romps pas le silence, j’ai besoin de réfléchir.
Ça ne peut plus durer, je le rassure et je lui dis de tenir le coup encore quelques jours, je lui demande de me faire confiance, il accepte.

Je rentre au cabinet et je décide d’appeler le maire.

Il n’est pas disponible donc je demande à sa secrétaire de lui laisser un message dans lequel je lui explique qu’un homme va mourir dans les jours qui viennent dans sa commune, malgré les nombreux appels et courriers effectués et envoyés aux services sociaux au cours de ces derniers mois, je lui précise que  ça  va certainement faire très mauvais genre en terme de crédibilité électorale.
Je demande également à la jeune femme de lui indiquer qu’il serait préférable qu’il me rappelle avant que Le Parisien le fasse car je leur ai envoyé un petit topo de la situation et c’est le genre de faits divers dont ce journal est friand.

Je contacte ensuite les services d’hygiène et je répète le même scénario, mais là, j’arrive à parler à un responsable qui m’assure « qu’il diligente une visite de contrôle » au plus vite.
Je lui précise qu’il faut que ce soit plus rapide « qu’au plus vite » car je compte appeler les pompiers juste après avoir raccroché, et qu’ils seront ravis de constater les conditions de sécurité dont bénéficie l’appartement de Mr Asticot.

Electricité sommaire, Bouteille de gaz posée sur des cageots, pas d’ouvrants sur l’extérieur, canalisations défectueuses, sanitaires hors services ….là encore je précise qu’un incendie en plein centre-ville serait à mon avis du plus mauvais effet à l’approche des élections….

Je tiens parole et j’appelle les pompiers.

Je raccroche et je téléphone au commissariat.

Toutes mes communications sont suivies d’envoi d’un mail et d’un fax dans lequel je résume la situation, je déclare avoir informé les autorités compétentes et je dégage ma responsabilité de tout évènement dramatique qui pourrait découler de cette situation.

Vers 16h30, mon téléphone sonne et les services d’hygiène m’indiquent qu’ils effectueront une visite le lendemain matin.

Les pompiers se sont déplacés et ont constaté l’insalubrité du logement, Mr Asticot n’a pas voulu les suivre, il ne veut plus être déplacé sans cesse pour revenir  finalement dans « son nid à rats ».

Vers 18h00, je reçois un appel du maire qui après quelques minutes de conversation m’assure que tout va être organisé pour reloger en urgence Mr Asticot.

Trois jours ont passés.
La DDASS et les services d’hygiène se sont rendus chez lui, un arrêté d’insalubrité a été rendu.

Décembre 2013

Mr Asticot vit dans un foyer pour personnes âgées et dort toutes les nuits dans un lit sec et propre.
Ses problèmes de santé se sont stabilisés et ses plaies sont guéries.
Sa chambre est modeste mais il bénéficie de tout le confort nécessaire.
Je lui rends visite de temps en temps.
Il a passé le réveillon de Noël avec ses enfants et ses petits-enfants, quinze ans que cela ne lui était pas arrivé.
Il est heureux et apaisé.

Janvier 2014

Mr Asticot est mort ce matin.
Dignement.
Son ancien propriétaire court toujours.